
Le TDAH (trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) est un trouble du neurodéveloppement qui, comme son nom l’indique, affecte principalement l’attention, l’impulsivité et (souvent) le niveau d’activité motrice. C’est un trouble très fréquent chez l’enfant : on estime qu’environ 5% des enfants d’âge scolaire sont concernés handicap.gouv.fr, ce qui revient à un à deux élèves par classe en moyenne. Contrairement à une idée répandue, le TDAH n’est pas un phénomène nouveau dû aux écrans ou à la “société moderne” – il est décrit dans la littérature médicale depuis plus d’un siècle – mais on le diagnostique mieux aujourd’hui. Il touche les garçons et les filles (même si les garçons hyperactifs se font plus remarquer), et persiste souvent à l’âge adulte sous une forme atténuée (environ 2,5% des adultes ont un TDAH).
Portrait du TDAH en quelques mots
Le TDAH se manifeste par un niveau d’attention insuffisant pour l’âge de l’enfant (inattention), et/ou une activité motrice et une impulsivité excessives (hyperactivité-impulsivité). Chaque enfant TDAH a son profil : certains sont surtout inattentifs (le rêveur dans la lune qui oublie son cartable un jour sur deux), d’autres sont surtout hyperactifs/impulsifs (la pile électrique qu’on ne peut pas faire tenir assise ni empêcher de parler), beaucoup combinent un peu des deux.
Les symptômes principaux incluent :
- Inattention : difficulté à rester concentré sur une tâche, à aller au bout d’une activité sans se laisser distraire. L’enfant semble ne pas écouter quand on lui parle, il fait des erreurs d’étourderie, perd ses affaires, a du mal à organiser son travail… On dit souvent que ces enfants « ont la tête dans les nuages ». Paradoxalement, ils peuvent se concentrer des heures sur quelque chose qui les passionne (jeu vidéo, dessin) – c’est l’hyperfocus – mais pas sur les consignes de l’instituteur 😅.
- Hyperactivité motrice : besoin constant de bouger, de toucher à tout. L’enfant hyperactif se tortille sur sa chaise, se lève en classe alors qu’il devrait rester assis, court et grimpe partout à la maison. On a l’impression qu’il a un moteur intérieur impossible à éteindre. Cette énergie débordante peut être épuisante pour l’entourage (imaginez un petit marathonien du matin au soir !), mais n’est pas volontaire.
- Impulsivité : agir ou parler sans réfléchir. L’enfant impulsif coupe la parole, répond avant la fin de la question, fonce pour traverser sans regarder, peut faire des bêtises sans évaluer le danger ou les conséquences. Ce manque de “frein” est source d’accidents (chutes, blessures) et de difficultés sociales (les autres enfants le trouvent parfois agaçant ou agressif alors que ce n’est pas son intention).
Un point important : le TDAH n’est pas qu’un problème d’éducation ou de volonté. C’est lié à un fonctionnement cérébral différent, en particulier au niveau des fonctions exécutives (les fonctions de gestion, d’organisation du cerveau). Un enfant TDAH veut bien faire mais il est vite débordé par les stimulis, comme s’il avait 10 télévisions allumées dans la tête en même temps. Il a besoin d’aide pour apprendre à s’organiser et se canaliser.
Au quotidien : hyperactifs du corps… et de l’esprit
Le quotidien avec un enfant TDAH est souvent sportif. Voici à quoi peut ressembler une matinée typique :
7h00. Le réveil sonne. Théo, 8 ans, bondit du lit (au sens propre) – l’avantage, c’est qu’on n’a pas besoin de le tirer du sommeil ! En revanche, rester concentré pour s’habiller est une autre paire de manches : en enfilant son pantalon, il aperçoit son chat et part à sa poursuite dans le salon, une jambe du pantalon sur lui, l’autre traînant derrière… Papa doit gentiment le ramener à la tâche : « Théo, on finit de s’habiller d’abord, le chat ne va pas s’envoler. ».
7h30. Petit-déjeuner. Théo chante, parle la bouche pleine, se lève trois fois pour aller voir par la fenêtre ou faire une pirouette. Le bol de cacao manque de se renverser deux fois. Maman respire un grand coup : patience, patience. Elle a appris à donner une consigne à la fois : « Assieds-toi. Mange tes tartines. Doucement. » Car si elle dit tout d’un bloc (« Assieds-toi correctement et finis tes tartines au lieu de faire le clown ! »), Théo n’en retiendra que la moitié.
8h00. Il faut partir pour l’école. Théo cherche ses chaussures… qu’il a posées dans le frigo en sortant le jus d’orange (véridique, de nombreux parents de TDAH ont des anecdotes de ce genre ! 😂). Ensuite, impossible de mettre la main sur son cartable – il l’a oublié dans le jardin la veille. Une petite chasse au trésor plus tard, tout le monde est enfin dans la voiture. Ouf.
Cette scène montre bien que chaque étape simple peut tourner au parcours d’obstacles. Les parents doivent développer des trésors d’organisation et de calme. L’enfant, lui, subit souvent des remarques constantes : “dépêche-toi”, “tu n’écoutes pas”, “où est encore passée ta tête ?”. Cela peut entamer sa confiance en lui. Il faut donc essayer de valoriser ses qualités : Théo a de l’énergie et de l’imagination à revendre, il est spontané, drôle, et très curieux de tout. Ce sont aussi des forces sur lesquelles s’appuyer.
À l’école, le TDAH peut être source de difficultés scolaires, mais pas toujours. Certains enfants compensent par une grande intelligence ou une créativité qui fait qu’ils s’en sortent malgré le chaos dans leur tête. D’autres, en revanche, voient leurs résultats chuter à cause d’inattention, ou se font punir souvent pour bavardages et agitation. Le risque, c’est le cercle de l’échec : l’enfant se sent nul, perturbe encore plus, etc. Le rôle des enseignants est capital pour créer un cadre bienveillant : par exemple, placer l’élève TDAH au premier rang (loin de la fenêtre ou de la porte qui distraient), fractionner les exercices, lui permettre de bouger (tenir un objet anti-stress, effacer le tableau pour se lever un peu), encourager plutôt que sanctionner systématiquement. Quand un enfant TDAH se sent compris et soutenu, il peut réellement décoller et montrer tout ce dont il est capable.
Du côté social, ces enfants ont souvent du mal à se faire des amis stables. Leur impulsivité peut les rendre parfois agaçants (ils imposent leur jeu, interrompent, etc.). Il faut les aider à décrypter les codes sociaux : on peut jouer des saynètes à la maison sur “comment inviter un copain sans le brusquer”, “quand quelqu’un parle, j’attends qu’il ait fini avant de répondre”, etc. Avec un peu de coaching, ils peuvent tout à fait développer de belles amitiés – d’autant qu’ils sont souvent généreux, drôles et attachants.
Outils et astuces pour mieux vivre le TDAH
Heureusement, il existe plein de stratégies concrètes pour aider un enfant (et son entourage) à mieux gérer le TDAH au quotidien. En voici quelques-unes :
- Les routines et supports visuels : Mettez en place un planning affiché, avec des images ou des couleurs pour chaque activité (lever, habillage, petit-déj, devoirs, etc.). L’enfant saura ce qu’il a à faire et dans quel ordre. C’est plus facile pour lui que de se fier à sa mémoire défaillante. Exemple : un tableau avec des dessins “je m’habille”, “je prends mon cartable”, etc., qu’il coche au fur et à mesure.
- Des consignes courtes et claires : Un enfant TDAH se perd dans les explications trop longues. Privilégiez les phrases simples, une instruction à la fois. Au lieu de “Va te laver les mains, ranger tes affaires et mets-toi à tes devoirs”, dites-lui “Va te laver les mains d’abord”. Une fois qu’il l’a fait, donnez la suite. Certes, ça prend plus de temps de tout décomposer, mais c’est bien plus efficace.
- Un environnement structuré mais pas rigide : Structuré veut dire avec des horaires réguliers, des objets rangés à leur place (on peut coller des étiquettes ou des images sur les tiroirs : “chaussettes”, “Lego”, etc.), un espace de travail épuré (juste le cahier et le crayon, on enlève les jouets tentants). Pas “rigide” signifie qu’il faut aussi accepter qu’on n’aura jamais un enfant parfaitement organisé et ponctuel, et lâcher prise sur certains détails. Choisissez vos batailles 😉.
- Les pauses “défouloir” : Exiger qu’un enfant TDAH reste immobile longtemps est mission impossible. Mieux vaut intégrer des petites pauses actives. Par exemple, pendant les devoirs, 10 minutes de travail alternées avec 2 minutes de pause pour bouger (sautiller, faire quelques pompes, peu importe) peuvent l’aider à “recharger” son attention. En classe, un enseignant compréhensif peut lui confier une mission qui nécessite de se lever (“tiens, va chercher les feuilles à la photocopieuse”) afin de canaliser son énergie positivement.
- Valoriser et positiver : Le soir, on peut faire le “bocal à réussites” : demander à l’enfant de citer 2-3 choses qu’il a bien faites dans la journée (“j’ai aidé maman à mettre la table”, “j’ai fini mon exercice de maths”). On les note dans un bocal. Les jours de découragement, on lit quelques petits papiers du bocal pour lui rappeler ses réussites. Cela peut paraître anodin, mais les enfants TDAH entendent tellement de reproches qu’il est vital de contrebalancer par du positif.
- Outils numériques et technologiques : Eh oui, le numérique peut être un allié. Des applis de méditation guidée pour enfants, des timers visuels sur tablette (qui montrent le temps qui passe en couleurs), des montres vibreuses pour rappeler de se concentrer, ou encore des logiciels ludiques de remise à niveau en lecture/maths qui captent leur attention. Même un simple fidget connecté ou un cube anti-stress peut faire des merveilles pour occuper leurs mains sans distraire tout le cerveau.
Enfin, ne pas hésiter à consulter : si les difficultés sont trop envahissantes, un professionnel pourra proposer des accompagnements complémentaires. Par exemple, des séances de thérapie cognitivo-comportementale pour apprendre des techniques de gestion de l’attention, ou – dans certains cas – un traitement médicamenteux (méthylphénidate, connu sous le nom de Ritaline, Concerta…). Ce dernier, souvent décrié, peut pourtant être très efficace et sûr lorsqu’il est bien suivi médicalement. Ce n’est pas systématique, mais il ne faut pas le diaboliser : pour certains enfants, c’est un coup de pouce indispensable pour les aider à se poser et exploiter leurs capacités. La décision se prend avec le médecin, en concertation avec les parents et l’enfant.
Le rôle des pros : qui peut aider ?
- Le pédiatre ou pédopsychiatre : c’est lui qui évalue et confirme le diagnostic de TDAH. Il coordonne souvent la prise en charge. C’est également celui qui peut prescrire un médicament si nécessaire, et en assurer le suivi (vérifier l’efficacité, les effets secondaires éventuels, ajuster la dose).
- Le psychologue / neuropsychologue : il réalise des tests d’attention, fonctions exécutives, etc. pour bien cerner le profil cognitif. Il peut ensuite proposer des ateliers pour améliorer l’estime de soi, gérer les émotions, ou entrainer certaines habiletés (par exemple des jeux pour travailler la mémoire de travail, la planification…). Les ateliers de gestion des émotions sont très utiles, car beaucoup d’enfants TDAH ont du mal à gérer leur colère ou leur frustration.
- L’ergothérapeute : s’il y a des troubles associés (dysgraphie par ex, car bon nombre d’enfants TDAH écrivent comme des pattes de mouche à cause de l’impulsivité), l’ergo peut intervenir. Il apprend à l’enfant à améliorer son écriture, ou l’initie à l’ordinateur si écrire à la main est trop difficile. Il peut aussi travailler sur l’organisation : apprendre à tenir un cahier de textes, utiliser des codes couleur pour s’y retrouver dans ses cahiers…
- Le coach spécialisé TDAH (et oui ça existe) : ce n’est pas un pro de santé au sens strict, mais certains parents font appel à des coachs ou éducateurs spécialisés qui viennent à domicile aider à mettre en place des routines, des stratégies concrètes. Un peu comme une “super Nanny” version TDAH, qui accompagne parent et enfant dans l’organisation familiale. Ça peut être bénéfique quand on se sent dépassé.
- L’école et les aménagements : L’équipe éducative peut mettre en place un PAP (plan d’accompagnement personnalisé) pour un élève TDAH, même sans reconnaissance MDPH, afin de formaliser les aides en classe (par exemple : ne pas sanctionner l’agitation d’un point de vue disciplinaire tant qu’elle reste gérable, fractionner les évaluations, autoriser l’usage d’un ordinateur, etc.). S’il y a des troubles associés (dyslexie, etc.), un PPS via la MDPH peut permettre d’avoir une AESH. De plus en plus de formations sont offertes aux enseignants pour comprendre le TDAH – on peut encourager l’enseignant de son enfant à s’y intéresser s’il n’est pas au fait.
Un regard positif
Pour conclure sur le TDAH, retenons qu’hyperactifs rime aussi avec hyper-créatifs. Beaucoup de personnes TDAH ont une énergie entrepreneuriale, un esprit hors du commun. Historiettes amusantes : certains avancent que des figures célèbres comme Thomas Edison ou Mozart présentaient des traits compatibles avec un TDAH – leur créativité bouillonnante en témoigne. Sans aller chercher si loin, on constate que nos enfants TDAH, une fois compris et encadrés, peuvent s’épanouir pleinement. Ils apprennent à utiliser des outils pour compenser (l’agenda devient leur meilleur ami, la méditation un rituel du soir, etc.), et souvent, en grandissant, ils transforment ce qui était un défaut en atout. Par exemple, cette impulsivité peut devenir de la spontanéité appréciée des autres, cette tendance à zapper d’une idée à l’autre peut donner une pensée en arborescence riche et inventive.
En tant que parent, ne baissez pas les bras. Oui, c’est épuisant de répéter 20 fois les choses, de courir après le cartable égaré, d’être appelé par l’école… Mais votre enfant a aussi tant à offrir. Avec de l’amour, de l’humour (il en faudra 😅) et l’accompagnement adéquat, il trouvera son équilibre. Et vous serez fiers de l’avoir aidé à déployer ses ailes. Hyperactif aujourd’hui, pourquoi pas champion de créativité demain ? 🚀
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C’est très intéressant