
Délais interminables, manque d’accompagnants, dossiers administratifs à répétition qui épuisent les familles. Un rapport parlementaire enregistré en décembre 2025 met enfin des mots précis sur votre quotidien et propose une refonte majeure du système. Loin des discours habituels, ce document pointe les défaillances de l’État et avance des solutions concrètes : fin du « tout MDPH » pour l’école, intervention précoce et logique d’investissement social. Voici une analyse détaillée des mesures qui pourraient simplifier la vie des familles concernées par les troubles DYS, TDAH et TSA. Si vous voulez comprendre ce qui est possible aujourd’hui, et ce qui exige encore une notification, voici un repère clair sur PAP, PPS, MDPH et les aménagements scolaires pour les profils DYS : Aménagements scolaires DYS : loi, PAP, PPS, MDPH.

C’est un document dense, technique, mais dont la lecture résonne étrangement avec le vécu de milliers de parents. La commission d’enquête sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap a rendu ses conclusions. Si le titre est austère, le constat est lucide : malgré des sommes colossales engagées (plus de 64 milliards d’euros pour le handicap en 2024), le compte n’y est pas pour les usagers.
Ce contenu s’appuie sur le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap, enregistré le 10 décembre 2025, Rapport AN n°2234.
Ce rapport ne se contente pas de dresser un état des lieux sombre. Il propose un changement de paradigme. Il ne s’agit plus seulement de dépenser plus, mais de dépenser mieux, plus tôt, et surtout plus simplement. Pour les lecteurs de Dysclick, parents, enseignants ou paramédicaux, ce texte pourrait bien marquer un tournant dans la manière dont la France envisage l’accompagnement des troubles du neurodéveloppement.
Un constat sans appel : le système est à bout de souffle
Le rapport commence par valider ce que vous vivez au quotidien : il existe un décalage immense, qualifié d’« effet ciseaux », entre des besoins qui explosent et une offre de soin qui stagne.
L’explosion des besoins face à la pénurie
D’un côté, les demandes affluent. Le nombre de dossiers déposés dans les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) augmente chaque année. La santé mentale des jeunes se dégrade, avec une hausse inquiétante des troubles anxieux et dépressifs, souvent corrélés à des troubles de l’apprentissage non détectés ou mal accompagnés. De l’autre, les structures saturent. Les Centres Médico-Psychologiques (CMP) affichent des délais d’attente qui se comptent parfois en années. Les professionnels libéraux (orthophonistes, ergothérapeutes) sont débordés.
Le rapport souligne une réalité douloureuse : l’offre de soins et d’accompagnement est rigide. Elle peine à s’adapter à la réalité des parcours de vie. On raisonne encore trop souvent en « places » (dans des établissements) plutôt qu’en « solutions » souples et modulables.
L’école inclusive : une promesse non tenue ?
C’est peut-être le point le plus sensible pour les parents d’enfants DYS ou TDAH. Le rapport qualifie l’école inclusive de « promesse non tenue ». Les chiffres cités sont éloquents : à la rentrée 2025, près de 50 000 élèves étaient en attente d’un Accompagnant d’Élèves en Situation de Handicap (AESH), malgré une notification officielle de la MDPH. Le rapport parle d’une promesse non tenue. Pour mettre des chiffres et des causes sur la pénurie, vous pouvez lire : Pénurie d’AESH : 50 000 élèves privés d’école.
Cette situation crée une rupture d’égalité. Dans certains départements, l’accompagnement est quasi systématique ; dans d’autres, près de 40 % des besoins notifiés ne sont pas couverts. Le rapport pointe ici une limite structurelle : on a voulu bâtir l’inclusion scolaire principalement sur l’humain (l’AESH), sans suffisamment investir dans la formation des enseignants, le matériel adapté ou l’accessibilité pédagogique. Résultat, quand l’humain manque, tout le système s’effondre, laissant l’enfant et sa famille seuls face aux difficultés scolaires.
La révolution des « coûts évités » : agir tôt pour sauver l’avenir

L’une des apports majeurs de ce rapport est l’introduction dans le débat public de la notion de « coûts évités ». C’est un langage économique pour dire une vérité de bon sens : ne pas aider un enfant aujourd’hui coûtera beaucoup plus cher à la société demain.
La perte de chance : le prix de l’attente
Lorsqu’un diagnostic de dyslexie ou d’autisme est posé tardivement, ou lorsque la prise en charge attend des mois faute de place, on parle de « perte de chance ». Pour l’enfant, cela signifie des retards d’apprentissage qui s’accumulent, une estime de soi qui s’effondre, et parfois l’apparition de troubles anxieux secondaires.
Pour la société, le rapport chiffre ce coût de l’inaction. Un parcours scolaire chaotique mène souvent à une insertion professionnelle difficile. À cela s’ajoute l’impact sur les parents : combien de mères (car ce sont majoritairement elles) réduisent ou arrêtent leur activité professionnelle pour gérer les rendez-vous, les crises, ou l’absence de scolarisation effective ? Ces pertes de salaire, de cotisations, et ce coût social sont, selon la commission, bien supérieurs au coût d’un accompagnement précoce et efficace.
Intervenir sans attendre l’étiquette
C’est une recommandation forte du rapport : il faut déconnecter le soin du diagnostic administratif. Aujourd’hui, pour obtenir certains remboursements ou aménagements, il faut souvent attendre le « label » officiel de la MDPH, qui lui-même requiert un diagnostic médical précis. Or, les délais pour obtenir ces diagnostics sont longs.
Le rapport préconise d’intervenir dès les premiers signes d’alerte. Si un enfant de 4 ans présente des retards de langage ou de motricité, la prise en charge (orthophonie, psychomotricité, ergothérapie) devrait pouvoir s’enclencher et être financée immédiatement, sans attendre que la situation se dégrade ou qu’un dossier administratif soit traité. C’est un changement de logique : on soigne le symptôme et le besoin fonctionnel, pas l’étiquette administrative.
Vers une simplification radicale des démarches administratives
La complexité administrative est identifiée comme une source de souffrance à part entière. Le rapporteur note que la fragmentation des démarches (MDPH, Éducation nationale, Assurance maladie) oblige les parents à devenir des chefs de projet, au détriment de leur rôle de parent.
En finir avec le dossier MDPH à répétition

C’est une demande de longue date des associations, reprise par la commission : l’attribution de droits à vie pour les handicaps irréversibles. Il est aberrant de demander à des familles de prouver tous les trois ans qu’un enfant est toujours autiste ou qu’une dyspraxie sévère ne s’est pas envolée.
Le rapport propose d’établir une liste de handicaps pour lesquels le dossier MDPH ne se ferait qu’une fois. Pour les situations qui évoluent (comme les besoins de compensation scolaire), les renouvellements devraient être allégés. L’idée est d’inverser la charge de la preuve : ce serait à l’administration de justifier l’arrêt d’une aide, et non à la famille de se battre pour son maintien.
Si vous êtes en plein dossier ou renouvellement, ce guide vous aide à éviter les erreurs classiques et à gagner du temps : Comment constituer un dossier MDPH pour enfant DYS.
Des aménagements scolaires sur simple prescription ?
Voici une mesure qui pourrait changer le quotidien des élèves DYS. Aujourd’hui, pour obtenir un ordinateur en classe ou un tiers temps aux examens, le passage par la case MDPH est souvent la norme, avec ses délais de 4 à 6 mois (voire plus).
Le rapport suggère de s’inspirer du modèle belge et de mettre en place des « aménagements raisonnables » directement au sein de l’école, sur la base d’une prescription médicale ou paramédicale. Concrètement, si un ergothérapeute atteste qu’un élève a besoin d’un ordinateur pour compenser une dysgraphie, l’école devrait pouvoir mettre cet aménagement en place immédiatement, sans attendre une notification administrative lourde. Cela redonnerait du pouvoir d’agir aux équipes pédagogiques et aux professionnels de santé qui connaissent l’enfant.
Concrètement, la question revient souvent à ordinateur, outils, et compensation de l’écrit. Voici un comparatif simple pour choisir un matériel adapté : Bons plans d’ordinateurs pour élèves DYS.
Ce que cela change concrètement pour l’école
Le rapport est particulièrement critique sur la gestion actuelle de l’école inclusive. Il appelle à sortir du bricolage pour aller vers une vraie professionnalisation.
Vers la fin du « tout AESH » ?
Attention, le rapport ne dit pas qu’il faut supprimer les AESH, mais il critique le recours systématique à l’aide humaine comme unique réponse à toutes les difficultés. L’AESH est devenu la « béquille » d’un système qui ne sait pas s’adapter.
Les députés plaident pour une double évolution :
- Revaloriser le métier d’AESH : Créer un vrai statut, offrir des temps complets (en incluant le temps périscolaire), et renforcer la formation. L’AESH ne doit pas être juste une présence, mais un professionnel de l’accompagnement.
- Diversifier les réponses : Parfois, l’élève n’a pas besoin d’un adulte assis à côté de lui, mais d’outils numériques performants, de supports de cours adaptés, ou d’une pédagogie différenciée. Le rapport insiste sur l’importance du matériel et de la formation des enseignants. L’objectif est l’autonomie de l’élève, pas sa dépendance à un adulte.
Une meilleure place pour les paramédicaux
Le texte reconnaît le rôle essentiel des ergothérapeutes, psychomotriciens et psychologues. Il suggère de faciliter leur intervention au sein même de l’école. Au lieu de faire sortir l’élève pour aller chez l’orthophoniste (et lui faire rater des cours), pourquoi ne pas faire entrer le soin à l’école ? Cela demande une réorganisation, mais permettrait une meilleure coordination entre l’enseignant et le soignant, au bénéfice direct de l’élève.
Un focus sur la santé mentale des jeunes
Bien que Dysclick se concentre souvent sur les troubles des apprentissages, nous savons que ces troubles sont intimement liés à la santé mentale. L’anxiété de performance, la phobie scolaire ou la dépression sont des risques réels pour les enfants DYS ou TDAH non diagnostiqués.
Le rapport s’alarme de la dégradation de la santé mentale des jeunes et propose des mesures fortes :
- Renforcer la médecine scolaire : C’est le grand absent du système actuel. Il manque des médecins et des infirmiers scolaires pour repérer les signes de mal-être.
- Développer les compétences psychosociales : Apprendre aux enfants à gérer leurs émotions, à demander de l’aide, à interagir avec les autres. C’est de la prévention primaire indispensable.
- Faciliter l’accès aux soins psy : En remboursant mieux les consultations de psychologues et en réduisant les délais des CMP.
Chez beaucoup d’enfants DYS, l’anxiété est secondaire à l’épuisement scolaire. Pour des pistes concrètes à la maison et à l’école : Apaiser l’anxiété chez les enfants DYS.
Pourquoi ce rapport est important pour vous ?
On pourrait se dire « encore un rapport qui finira dans un tiroir ». C’est un risque. Cependant, ce document a une vertu majeure : il valide officiellement les difficultés que vous rencontrez.
Quand vous vous battez pour obtenir un AESH, quand vous remplissez des dossiers interminables, quand vous attendez un an pour un bilan : ce n’est pas vous qui ne savez pas faire. C’est le système qui est défaillant. Ce rapport l’écrit noir sur blanc.
Il introduit aussi des concepts qui vont infuser dans les politiques futures. La notion de « coûts évités » est un argument puissant pour débloquer des budgets. Si l’État comprend qu’il perd de l’argent en ne finançant pas l’ergothérapie ou la psychomotricité, les lignes bougeront.
Prochaines actions
En tant que parents ou professionnels, que faire de ces informations ?
- Utilisez ces arguments : Dans vos échanges avec l’école ou la MDPH, n’hésitez pas à rappeler que les aménagements pédagogiques ne devraient pas être conditionnés à la lourdeur administrative. Le droit à la compensation est un principe, la procédure ne doit pas l’entraver.
- Anticipez les besoins : Puisque le système sature, la prévention reste votre meilleure alliée. Soyez attentifs aux signes d’alerte précoce.
- Restez informés : Les lois de financement de la sécurité sociale à venir pourraient intégrer certaines de ces mesures, notamment sur le remboursement des soins précoces. Nous vous tiendrons informés sur Dysclick.
Ce rapport parlementaire dessine les contours d’une société plus inclusive et plus logique. Il reste maintenant la partie la plus difficile : transformer ces 300 pages de recommandations en réalité concrète dans les classes et les cabinets médicaux.
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