
Les troubles spécifiques des apprentissages, souvent désignés par le terme troubles Dys (ou TSLA pour troubles spécifiques du langage et des apprentissages), regroupent plusieurs troubles du neurodéveloppement qui impactent de façon ciblée les compétences scolaires. Le paradoxe de ces troubles, c’est que l’enfant est intelligent, motivé, curieux… et pourtant il se heurte à une barrière invisible dès qu’il s’agit de lire, d’écrire ou de compter. Imaginez un peu : c’est comme si un voile flou recouvrait les lettres et les chiffres pour lui, alors que pour les autres tout semble clair. Frustrant, non ? Environ 6 à 8% des enfants seraient concernés par un trouble Dys ffdys.com, ce qui équivaut à au moins un élève par classe. Les plus connus sont la dyslexie (lecture) et la dysorthographie (orthographe), la dyscalculie (mathématiques), la dysgraphie (écriture manuscrite), ainsi que la dysphasie (langage oral, désormais TDL) et la dyspraxie (coordination, désormais TDC) qui, bien qu’impactant aussi les apprentissages, font souvent l’objet de catégories à part. Focus ici sur les Dys “scolaires” : lire, écrire, compter.
C’est quoi, un trouble “Dys” ?
Un trouble Dys est un trouble cognitif durable qui affecte une fonction précise liée aux apprentissages, sans que cela soit dû à un manque d’intelligence, de travail ou à un problème sensoriel. En d’autres termes, un enfant dyslexique a un cerveau qui traite le langage écrit différemment, ce n’est ni de la paresse ni de la mal-voyance ; un enfant dyscalculique n’est pas “nul en maths”, son cerveau aborde juste les nombres d’une manière atypique.
Voici un tour d’horizon des principaux troubles Dys :
- Dyslexie : trouble spécifique de la lecture. L’enfant dyslexique a du mal à associer les lettres aux sons (difficulté en “décodage”). Lire un texte lui demande énormément d’efforts et de temps. Par exemple, il peut confondre des lettres proches (p/q, d/b), inverser des syllabes, ou lire “maison” au lieu de “masion”. Sa lecture est lente, hachée, peu fluide, et cela affecte la compréhension. Imaginez lire un texte en déchiffrant chaque lettre une par une – on perd le fil de l’histoire ! C’est ce que vivent beaucoup d’élèves dyslexiques chaque jour en classe. Ce trouble touche environ 4 à 5% des enfants, ce qui en fait le trouble Dys le plus fréquent.
- Dysorthographie : souvent associée à la dyslexie, c’est le trouble de l’expression écrite (orthographe, grammaire). L’enfant dysorthographique fait beaucoup de fautes, même avec un apprentissage classique. Il peut oublier des lettres, en ajouter, avoir du mal avec les accords, etc. Par exemple, “lapin” peut être écrit “lapain”, “les chapeaux” devient “le chapo”. Ce n’est pas de l’étourderie : c’est une difficulté à mémoriser les règles et les formes écrites des mots.
- Dyscalculie : trouble des apprentissages en mathématiques. Ici, c’est le sens des nombres et le calcul qui posent problème. L’enfant dyscalculique peine à évaluer des quantités, à retenir les tables d’addition/multiplication, à poser des opérations correctement. Compter sur ses doigts même à 10 ans, mélanger les signes + et -, ne pas voir que 8 est plus grand que 5… autant de signes de dyscalculie. Les mathématiques deviennent un véritable casse-tête chinois pour ces élèves, même si par ailleurs ils excellent en histoire ou en arts. Environ 1 à 3% des enfants pourraient avoir une dyscalculie (c’est moins fréquent que la dyslexie, mais tout aussi handicapant).
- Dysgraphie : trouble de l’écriture manuscrite, souvent lié à la dyspraxie ou à des troubles visuo-spatiaux. L’écriture de l’enfant dysgraphique est extrêmement laborieuse et souvent illisible. Il tient mal son crayon, la formation des lettres n’est pas automatisée. Résultat : il écrit lentement et avec effort, et malgré tout le résultat est difficile à lire. Imaginez devoir consciemment réfléchir à chaque lettre que vous tracez, comme si vous appreniez à écrire en chinois… C’est l’expérience quotidienne d’un enfant dysgraphique. On considère qu’elle touche environ 5 à 20% des enfants (selon qu’on inclut les formes légères ou non).
Souvent, ces troubles se chevauchent ou apparaissent en constellation. Par exemple, la dyslexie et la dysorthographie vont presque toujours de pair. La dysphasie (langage oral) augmente le risque de dyslexie ensuite. La dyspraxie peut entraîner une dysgraphie. Et environ 30% des dyslexiques ont aussi un TDAH. Bref, les troubles Dys aiment la compagnie 😅, pour notre plus grand défi !
Signes d’alerte et diagnostic des troubles Dys
Les troubles Dys ne se voient généralement pas avant l’entrée dans les apprentissages formels (CP, CE1), sauf la dysphasie qui peut être repérée plus tôt via le langage oral. Quelques signes d’alerte toutefois :
- En maternelle : difficulté persistante à retenir les lettres de l’alphabet, à faire des rimes, à découper les sons des mots (pour la dyslexie). Ou bien difficulté à dénombrer, à reconnaître les chiffres, à comparer des quantités (pour la dyscalculie).
- En CP/CE1 : l’enfant n’arrive pas à entrer dans la lecture malgré un enseignement normal. À la fin du CP, il peine encore à reconnaître les syllabes, il confond des lettres, lit “sac” pour “cas”, invente des mots en lisant parce qu’il devine au lieu de déchiffrer. Pour l’écriture, il inverse des lettres en écrivant (ex : il écrit en miroir ou bien il met les lettres dans le désordre dans un mot). En calcul, il n’associe pas le nombre à la quantité (si on lui demande 7 crayons, il en prend au hasard), il ne comprend pas bien le principe des retenues, etc.
- Au-delà : si la dyslexie n’a pas été dépistée en CP, au CE2/CM1 on voit l’enfant éviter la lecture à tout prix, et lire bien en dessous du niveau de sa classe. Il lit encore syllabe par syllabe quand les autres lisent couramment. Pareillement, en orthographe, ses dictées restent truffées d’erreurs phoniques (“gato” au lieu de “gâteau”, “on” au lieu de “ont”…). En maths, il peut avoir mémorisé quelques astuces mais reste en difficulté dès que ça se complexifie (problèmes, division…).
Le diagnostic des troubles Dys repose sur des bilans spécialisés. Un orthophoniste fera un bilan de langage écrit pour confirmer une dyslexie/dysorthographie (il fait lire des textes, passer des petits tests de conscience phonologique, etc.). Un neuropsychologue peut évaluer les fonctions cognitives (attention, mémoire, fonctions visuo-spatiales) et détecter une dyscalculie ou dyspraxie via des tests spécifiques. Parfois un ergothérapeute évaluera l’écriture (pour la dysgraphie). Ces bilans comparent les performances de l’enfant à celles attendues pour son âge et son niveau intellectuel. Par définition, dans un trouble Dys, il y a un écart significatif entre le potentiel intellectuel et la performance dans le domaine ciblé. Par exemple, un enfant intelligent qui lit très en dessous de la moyenne de son âge, malgré une scolarisation normale et l’absence d’autres causes (pas de déficience visuelle, pas de manque de scolarisation, etc.), cela oriente vers une dyslexie.
Anecdote fréquente : ce sont souvent les parents qui “sentent” quelque chose, face aux difficultés de l’enfant, mais ils se heurtent parfois à des “il est jeune, ça viendra” ou “il n’est pas assez attentif, faites-le travailler davantage”. Si vous pressentez un trouble Dys, insistez pour faire les bilans. Mieux vaut dépister tôt (fin CP ou CE1) et commencer les aides, que d’attendre que l’enfant soit en échec en CM2.
Au quotidien : l’école, un défi pas comme les autres
Pour les enfants Dys, l’école représente le terrain principal des difficultés. Là où leurs camarades apprennent relativement aisément, eux doivent doubler d’efforts en continu. Imaginez entrer dans une bibliothèque où 90% des livres sont écrits dans une langue étrangère – c’est un peu ce que ressent un dyslexique dans une classe classique où tout passe par l’écrit. Cela impacte :
- Les devoirs : scènes sans doute familières pour beaucoup de parents DYS… La lecture du soir se transforme en chemin de croix, chaque mot déchiffré péniblement par l’enfant pendant que le parent ronge son frein pour ne pas souffler la réponse. L’exercice de maths est truffé d’erreurs car il a confondu “+” et “x” ou mal recopié les chiffres. La dictée du mercredi provoque des larmes la veille au soir. Ces enfants peuvent passer deux fois plus de temps sur leurs devoirs que les autres, pour un résultat parfois décourageant. D’où l’importance d’adapter la quantité de devoirs et de soutenir l’enfant avec bienveillance (ne pas le gronder pour ses fautes mais l’encourager pour ses efforts).
- En classe : l’enfant DYS est souvent intelligent, donc il compense à l’oral. Il peut très bien comprendre les leçons, avoir des idées pertinentes à l’oral, mais dès qu’il faut écrire ou lire, ça se complique. Beaucoup rêvassent ou font le pitre pour détourner l’attention de leurs difficultés (“si je fais rire les copains, au moins on ne remarque pas que je ne sais pas lire le texte au tableau”). Le risque, c’est l’étiquette de “cancre” ou de “fainéant” si l’enseignant n’a pas conscience du trouble. Un dyslexique non diagnostiqué peut être injustement catalogué paresseux ou dyscalculique traité de nul en maths – avec à la clé une grosse perte d’estime de soi. À l’inverse, un enfant DYS bien accompagné peut très bien réussir sa scolarité, parfois avec l’aide d’outils compensatoires (par exemple un ordinateur pour taper ses cours).
- Socialement : les troubles DYS sont invisibles, sauf quand il faut lire à voix haute ou écrire un texte devant tout le monde… Ces moments-là sont redoutés par les enfants. Il n’est pas rare qu’un dyslexique développe de l’anxiété à l’école, voire des maux de ventre psychosomatiques, à force de craindre le moment où “ça va se voir”. Certains camarades peuvent se moquer (“quoi, t’es en CE2 et tu sais pas lire ce mot ?”). D’où l’importance de sensibiliser la classe, de valoriser l’enfant DYS sur d’autres terrains (arts, sport, oral…) où il excelle peut-être.
Mais ce quotidien, aussi difficile soit-il, n’est pas une fatalité ! Avec des aménagements astucieux, l’enfant DYS peut retrouver du plaisir à apprendre. Voici quelques trucs qui changent la donne :
- L’ordinateur est son ami : permettre à l’enfant dactylographier ses leçons, ses rédactions, c’est lui enlever une épine du pied (voire un clou) s’il est dysorthographique/dysgraphique. Sur l’ordi, il pourra utiliser le correcteur orthographique (voire un logiciel de dictée vocale), ce qui le met sur un pied d’égalité avec les autres pour exprimer ses idées sans être pénalisé par l’orthographe. De plus en plus de collèges acceptent qu’un élève DYS travaille sur PC ou tablette en cours.
- Police d’écriture adaptée : il existe des polices “dys-friendly” (comme OpenDyslexic, Arial, Verdana…) qui sont plus lisibles pour les dyslexiques (espacement plus grands, distinction claire des lettres comme p/q, b/d). Imprimer les documents de cours dans cette police peut aider. De même que l’usage de feuilles colorées ou avec des lignes de couleur pour stabiliser le regard.
- Livres audio et textes lus : un enfant dyslexique peut (et doit) nourrir sa culture littéraire autant qu’un autre, mais en passant par l’audio. On trouve aujourd’hui beaucoup de livres audio ou de versions MP3 des romans scolaires. S’il doit lire Le Petit Prince, pourquoi ne pas lui faire écouter le chapitre d’abord, puis le suivre dans le livre ? De même, des outils comme les logiciels de synthèse vocale (qui lisent le texte à l’écran) sont très utiles : il peut écouter ses énoncés de maths ou ses leçons d’histoire au lieu de les déchiffrer laborieusement.
- Maths en mode concret : pour la dyscalculie, retour au concret ! Utiliser des objets pour compter (perles, légos), schématiser les problèmes avec des dessins, apprendre les tables en chantant ou en rythmant (il existe des chansons des multiplications !). Bref, contourner le côté abstrait des nombres pour l’ancrer dans du réel. Parfois, l’enfant saura très bien calculer de tête des choses pratiques (“si j’ai 2 Pokémon et que j’en gagne 3, j’en ai 5”), mais sera perdu face à “2+3 = ?” écrit sur une feuille – la présentation change tout.
- Du temps en plus… et du stress en moins : les élèves DYS bénéficient souvent d’un tiers-temps supplémentaire aux examens (brevet, bac). À la maison ou en classe, on peut aussi leur accorder un peu plus de temps pour finir un travail, ou alléger la charge (faire 5 exercices au lieu de 10, car de toute façon il mettra deux fois plus de temps). L’idée n’est pas de le surprotéger, mais de le mettre en situation de réussite sans l’épuiser.
- Valoriser leurs talents : Les enfants DYS développent souvent une mémoire extraordinaire (surtout visuelle), une grande créativité (puisqu’ils doivent trouver des stratégies pour compenser), ou des compétences orales au-dessus de la moyenne (contez sur un dyslexique pour vous raconter une histoire avec un vocabulaire riche, même s’il ne peut l’écrire sans fautes). En leur permettant d’exprimer ces talents (exposés oraux, projets artistiques, sport…), on leur montre que la réussite ne se limite pas aux dictées sans faute.
L’accompagnement des troubles Dys : à qui faire appel ?
Les troubles Dys se prennent en charge principalement en rééducation paramédicale et via des aménagements pédagogiques. Voici les alliés sur le chemin :
- Orthophoniste : c’est LE thérapeute incontournable pour la dyslexie/dysorthographie, et très utile aussi en cas de dyscalculie (certains orthophonistes sont formés pour travailler les notions logico-math). En séances, il fait travailler le lien lettres-sons, la reconnaissance des mots, la compréhension de texte, l’orthographe via des exercices ludiques. Par exemple, manipuler des lettres mobiles, découper des syllabes en tapant des mains, utiliser des logiciels de lecture en jouant. C’est un travail de longue haleine (souvent plusieurs années de suivi, 1 à 2 fois par semaine), mais les progrès peuvent être significatifs : la lecture devient moins laborieuse, l’enfant apprend des astuces pour l’orthographe, etc.
- Ergothérapeute : surtout sollicité pour la dysgraphie (apprentissage d’une tenue de crayon correcte, exercices pour délier le geste graphique) et pour la dyspraxie visuo-spatiale qui peut affecter l’écriture et la géométrie. L’ergothérapeute apprend aussi à l’enfant à utiliser l’outil informatique efficacement : taper sans trop regarder le clavier (dactylo), organiser ses fichiers, utiliser un logiciel de dictée vocale. Il préconise des adaptations (stylo ergonomique, cahier à gros carreaux, etc.).
- Neuropsychologue : intervient souvent pour le diagnostic et pour conseiller des aménagements cognitifs. Il peut par exemple recommander un logiciel d’entraînement de l’attention s’il décèle un déficit d’attention associé, ou orienter vers un bilan visuo-attentionnel en orthoptie si l’enfant a du mal à balayer une ligne de texte (parfois ce n’est pas juste la dyslexie, il peut y avoir un souci de coordination oculomotrice). Le neuropsy peut aussi rassurer l’enfant en lui expliquant son profil d’apprentissage, ce qui l’aide à se voir autrement qu’à travers ses difficultés.
- Psychologue / soutien psy : pas obligatoire pour tous, mais souvent bénéfique en cas de découragement ou de perte d’estime de soi. Un enfant Dys qui accumule les échecs peut glisser vers l’anxiété ou le désinvestissement scolaire. Des séances de thérapie brève ou juste un lieu de parole peuvent lui permettre d’exprimer ce qu’il ressent (“j’en ai marre, je me sens bête”, “les autres se moquent de moi”). Le psy l’aidera à dédramatiser, à voir ses qualités au-delà de l’école.
- Enseignants spécialisés : dans certains cas, l’enfant peut bénéficier de quelques heures de SESSAD (service d’aide spécialisée) où un enseignant spécialisé le fait travailler avec une méthode adaptée en lecture par exemple, en lien avec l’école. Sinon, les enseignants de la classe, informés du trouble, peuvent ajuster leur pédagogie. Les RASED (enseignants spécialisés qui interviennent dans les écoles) peuvent aussi aider en primaire pour du soutien ciblé.
- Associations de parents DYS : elles sont d’un grand secours pour échanger des astuces, obtenir la liste des droits (par ex, didacticiels pour faire reconnaître le trouble par la MDPH, ou comment demander un tiers-temps aux examens, etc.). La Fédération Française des DYS, les associations Apedys, Dyspraxie France etc., organisent souvent des réunions locales, des conférences. S’y rendre permet de se sentir moins seul et de récupérer plein d’infos pratiques.
Enfin, retenons une chose : les troubles Dys n’empêchent pas de réussir sa vie. Certes, l’école est un parcours du combattant. Mais avec les bonnes compensations, de nombreux dyslexiques ou dyspraxiques font de brillantes études, ou trouvent leur voie dans des métiers valorisant leurs compétences (art, informatique – les dys sont étonnamment nombreux en programmation, où leurs cerveaux visuels font merveille !). Quelques exemples inspirants : Steven Spielberg est dyslexique, tout comme Whoopi Goldberg ; l’acteur Keanu Reeves est dyslexique également. En France, des personnalités comme Léonard de Vinci (probablement dyspraxique et dyslexique), l’explorateur Mike Horn (dyslexique) ou l’écrivain Agatha Christie (dysgraphique) ont montré que la différence peut rimer avec excellence. Votre enfant Dys a sans doute un potentiel caché qui ne demande qu’à éclore – et ce n’est pas forcément dans l’orthographe ou le calcul mental qu’il brillera, et c’est très bien ainsi. En l’aidant à surmonter les obstacles scolaires, vous lui permettez d’accéder à ce qui le passionne vraiment et de révéler ses talents. C’est cela, l’essentiel 💫.
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