TDC : Trouble Développemental de la Coordination (Dyspraxie)

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Le trouble développemental de la coordination (TDC), plus connu sous le nom de dyspraxie, est un trouble neurodéveloppemental qui affecte la capacité du cerveau à planifier et coordonner les mouvements. On le surnomme parfois le “syndrome de l’enfant maladroit”, mais attention, ce n’est pas juste un manque d’adresse passager ou de la paresse. C’est bien plus profond : l’enfant dyspraxique veut faire un geste, mais son corps ne suit pas exactement ce que son cerveau commande. Résultat, tout ce qui est moteur, qu’il s’agisse de gestes fins (écriture, découper, lacer ses chaussures) ou de motricité globale (faire du vélo, attraper une balle), lui demande 10 fois plus d’efforts qu’aux autres enfants – et souvent pour un résultat décevant. On estime que la dyspraxie/TDC touche environ 5 à 6% des enfantshandicap.gouv.fr, avec des degrés de sévérité variés. C’est presque aussi fréquent que la dyslexie, mais moins connu du grand public, ce qui fait que ces enfants sont parfois perçus à tort comme “brouillons” ou “pas doués”, alors qu’en réalité ils se battent contre un véritable trouble invisible.

Dyspraxie, c’est quoi exactement ?

Pour comprendre, imaginons un chef d’orchestre (le cerveau) et les musiciens (les muscles du corps). Dans la dyspraxie, le chef d’orchestre a du mal à synchroniser les musiciens : soit il donne de mauvaises indications, soit pas au bon timing. La mélodie du geste sort donc cacophonique : le geste est soit raté, soit très lent, désordonné.

Concrètement, les manifestations incluent :

  • Maladresse extrême : L’enfant dyspraxique renverse sans cesse son verre, trébuche sur rien, fait tomber ses crayons. Monter un escalier en tenant un objet peut virer au numéro d’équilibriste. Sa chambre est un foutoir non par négligence, mais parce qu’il a du mal à organiser l’espace pour ranger. On dit souvent de lui qu’il a “deux mains gauches”.
  • Difficultés en dessin et écriture : La dyspraxie visuo-spatiale affecte fortement le graphisme. Dessiner un simple carré peut être compliqué (le trait dépasse, n’est pas droit…). L’écriture est souvent le cauchemar de ces enfants : lettres mal formées, illisibles, taille inégale, incapable de suivre les lignes du cahier. Ils appuient trop ou pas assez sur le crayon, se fatiguent très vite. Un texte de 3 lignes peut leur prendre un temps fou et ressembler à un gribouillis.
  • Difficulté à s’habiller, se repérer : Faire ses lacets, boutonner une chemise, utiliser un couteau pour couper la viande… Ces gestes que d’autres de 6-7 ans maîtrisent, l’enfant TDC de 10 ans peut encore en être incapable sans aide. Il se trompe de sens pour enfiler un pull, met son pantalon à l’envers, etc. De même, en géométrie il lutte pour utiliser la règle, tracer un rond avec un compas (ça dérape). Et il peut se perdre dans l’école, confondre la gauche et la droite.
  • Lenteur et épuisement : Chaque geste demandant tant de concentration, ces enfants sont souvent épuisés par leur journée. Ils sont plus lents que les autres pour tout (s’habiller, copier un texte, finir un contrôle…). Et malgré tout ce temps passé, le résultat peut sembler bâclé – très décourageant pour eux.
  • Possibles troubles visuels ou attentionnels associés : Beaucoup de dyspraxiques ont du mal à bien coordonner leurs yeux (par ex, balayage visuel erratique à la lecture, ce qui cause parfois une dyslexie associée). Ou bien ils ont du mal à filtrer les informations (leur pièce est en bazar aussi car ils ne savent pas par où commencer pour ranger). Parfois, un TDA/H est associé, ce qui ajoute un côté impulsif et inattentif à la maladresse.

Il existe différents types de dyspraxies : visuo-spatiale (impactant la perception de l’espace), idéomotrice (gestes du quotidien mal séquencés), constructive (difficulté à assembler, construire un tout à partir de pièces), etc. Souvent elles coexistent. Mais le jargon importe peu pour les parents – ce qu’on voit, c’est que notre enfant est en difficulté pour tout ce qui est pratique, malgré sa bonne volonté.

Repérer la dyspraxie et la différencier de la “normalité”

Tous les enfants passent par une phase un peu maladroite, surtout vers 3-4 ans, et tous n’écrivent pas bien en CP – c’est normal. Ce qui doit alerter :

  • Une maladresse qui persiste au-delà de l’âge attendu et vraiment handicapante. Si à 7-8 ans l’enfant ne sait toujours pas faire du vélo sans petites roues, ne peut pas attraper une balle à deux mains, ni utiliser des ciseaux, c’est inhabituel.
  • Un écart énorme entre les capacités intellectuelles et la production écrite/dessinée. Par exemple, il vous raconte une histoire super imaginative oralement, mais son dessin de bonhomme est du niveau d’un enfant 3 ans, et son texte est trois mots illisibles.
  • Des plaintes de l’enfant lui-même : beaucoup de dyspraxiques se sentent nuls parce qu’ils voient bien qu’ils n’y arrivent pas. Si votre enfant dit souvent “j’y arrive pas, c’est trop dur” pour des choses de son âge (faire du sport, écrire), et que ça le met en détresse, prêtez attention.
  • À l’école : l’enseignant peut remarquer qu’il “rêvasse” ou évite les tâches écrites, qu’il est très lent, ou qu’il a besoin de refaire 10 fois un geste en motricité. Souvent le repérage se fait en CP-CE1 quand l’écriture ne s’améliore pas voire empire, malgré orthophoniste (parfois on croit à une dysgraphie isolée au début).

Le diagnostic se fait via un bilan ergothérapeutique et psychomoteur, souvent couplé à un bilan neuropsychologique. On teste la motricité fine, la gestuelle, la copie de figures, etc. Un test de QI permet de voir que tout va bien côté raisonnement verbal par exemple, mais que les scores en praxies (gestes organisés) ou en vitesse de traitement sont très bas.

Entendre “dyspraxie” est presque un soulagement après avoir cru son enfant paresseux ou brouillon. On se dit : ce n’est pas de sa faute, son cerveau est câblé différemment. Et surtout, il y a des solutions !

Quotidien d’un enfant dyspraxique : la course d’obstacles permanente

La dyspraxie, c’est comme avoir un farfadet qui s’amuse à vous faire trébucher sur tout et n’importe quoi, du matin au soir. Pour l’enfant, chaque journée comporte son lot de galères :

  • Le matin : Enfiler chaussettes et chemise = 15 minutes et 3 appels à l’aide (“Mamaaaan j’arrive pas à boutonner !”). Le bol de céréales se renverse sur la table parce que en tournant, son coude l’a heurté. Se brosser les dents ? Il en met partout sauf sur les dents. Sa maman finit souvent par l’aider pour finir à l’heure, tout en culpabilisant de ne pas le laisser faire seul – dilemme constant.
  • À l’école : Écrire la date dans le cahier lui prend la moitié du temps de l’exercice de maths… qu’il n’aura pas le temps de terminer. Sa feuille est froissée, avec des ratures, et il a oublié deux réponses parce qu’il s’est perdu en chemin. À la récré, il veut jouer au foot avec les copains, mais il rate le ballon 9 fois sur 10, si bien qu’on le laisse plutôt faire le gardien (et encore). Il rentre en classe avec un genou écorché – encore tombé… Par contre, quand la maîtresse lit une histoire, il intervient avec des remarques très pertinentes : intellectuellement, il suit très bien, c’est juste la mise en acte qui coince.
  • Les devoirs : Ah, les devoirs… Écrire une seule phrase pour la conjugaison relève de la punition pour lui. Souvent ses parents lui tiennent la main en guidant le crayon pour former les lettres, sinon il se décourage. Ils finissent par faire une partie des choses sur l’ordinateur (par exemple, il fait ses exercices de français en tapant sur Word, ça va plus vite et c’est lisible). Les découpages ou collages demandés par l’enseignant ? Mission impossible sans aide (et avec des ciseaux spéciaux, à ressort par exemple, pour moins d’effort).
  • Le sport et la vie sociale : Il appréhende les cours de sport, surtout la gym ou le cirque – l’équilibre sur une poutre ou jongler, c’est la honte assurée pour lui. Il préfère de loin la piscine, étrangement souvent les dyspraxiques s’en sortent pas mal dans l’eau (moins de coordination fine requise, on peut se débrouiller en mode petit chien 😅). Avec les copains, c’est mitigé : certains sont adorables et l’aident (“je t’attache tes lacets, t’inquiète”), d’autres peuvent se moquer (“il court comme un canard”). Heureusement, la plupart du temps, sa gentillesse et son humour (parce que oui, beaucoup de dyspraxiques développent une belle auto-dérision) lui gagnent des amis sincères.

On le voit, chaque étape du quotidien peut se transformer en parcours du combattant pour ces enfants. Et pour les parents aussi par ricochet. Ce qui aide grandement, c’est de mettre en place tout un tas d’aménagements pour contourner les obstacles au lieu de foncer dedans. En dyspraxie plus que tout autre trouble, l’important c’est de trouver des stratégies alternatives plutôt que d’acharner sur le geste précis impossible.

Astuces et compensations pour dyspraxiques malins

  • Informatique et outils numériques : Le clavier est souvent le salut du dyspraxique. Apprendre tôt à taper (vers 7-8 ans) permet de compenser l’écriture manuscrite laborieuse. Il existe des logiciels pour apprendre le clavier de façon ludique (Tap’Touche, DactyloKid…). Une fois à l’aise, l’enfant peut faire ses devoirs sur ordi, rendre des copies tapées, voire utiliser un ordinateur en classe s’il a une notification MDPH pour cela. La dictée vocale est aussi un outil puissant : il dit sa phrase, l’ordi l’écrit, magique ! (Bien sûr il faut quand même corriger les erreurs de reconnaissance, mais ça aide).
  • Aménagements du matériel scolaire : Utiliser des feuilles avec un lignage adapté (par ex. Seyès agrandi, ou avec des repères colorés pour les lignes), des guides-doigts pour écrire sur une ligne sans dévier, des intercalaires et codes couleurs pour s’organiser dans les classeurs (les dyspraxiques galèrent aussi avec l’organisation spatiale des cahiers, donc couleurs = repères visuels). Il y a même des stylos ergonomiques avec une forme spéciale pour bien positionner les doigts. Tout cela peut être prescrit par l’ergothérapeute.
  • Vestiaire adapté : À la maison, exit les vêtements compliqués ! Vive le scratch et les élastiques : baskets à scratch au lieu de lacets, pantalons à taille élastique plutôt qu’avec bouton difficile, pull à enfiler plutôt que chemise à boutons… Ça évite bien des frustrations. Pour s’entraîner aux lacets, il existe des lacets en silicone qui restent en place ou des systèmes autobloquants. Mais honnêtement, si à 10 ans il ne sait pas lacer, ce n’est pas grave : beaucoup d’adultes dyspraxiques utilisent encore des astuces (chaussures sans lacets) et ça ne les empêche pas de vivre. Il faut choisir ses batailles : l’important c’est qu’il puisse se débrouiller, peu importe la méthode.
  • Sport : trouver la bonne activité : Le foot ou le tennis, peut-être pas son truc… Mais la natation (on l’a dit), le vélo avec assistance (par ex un tricycle ado, ou un tandem), l’équitation (certains dyspraxiques adorent car le cheval fait le travail de coordination à leur place en quelque sorte), ou même les arts martiaux doux comme l’aïkido (on apprend à chuter correctement, ça peut servir 😅)… Il faut tester, sans forcer. L’idée est qu’il reste actif physiquement sans que ça tourne à la torture. Et puis, il y a d’autres loisirs : la musique (certains jouent étonnamment bien de la musique malgré la coordination requise, peut-être parce que c’est rythmique), le théâtre (pas besoin d’adresse pour jouer un rôle, et ça booste la confiance), etc.
  • Organisation de l’espace : Aidez-le à organiser sa chambre de manière très logique et épurée. Par exemple, des étagères étiquetées (“Livres”, “Lego”, “Vêtements”) avec des bacs. On range avec lui en expliquant chaque chose à sa place. Au début il ne le fera pas spontanément, mais en le guidant régulièrement, il peut apprendre des routines de rangement. Pareil pour le cartable : on peut coller une checklist sur le frigo avec les items “cahier de texte, trousse, livre de maths…” pour qu’il coche chaque soir ce qu’il a mis dans son cartable (parce que plier les feuilles, les ranger, c’est dur et du coup il oublie la moitié).
  • Simplifier les tâches : On découpe les gestes complexes en plus petits. Par exemple, pour mettre la table : d’abord on sort toutes les assiettes (et on les pose n’importe comment, c’est pas grave), ensuite on ajuste leur position, ensuite on place les verres, etc., au lieu de vouloir faire assiette+verre+couvert pour chaque couvert d’un coup. Les séquences courtes, ça marche mieux. On peut faire des fiches mémo avec des images pour certaines tâches (“pour te laver : 1) mouille-toi, 2) mets du savon, 3) rince, 4) sèche”). Le visuel et le séquencement aident énormément.

Aides professionnelles pour la dyspraxie

  • Ergothérapeute : Le professionnel roi de la dyspraxie. Il va faire travailler la motricité fine, la coordination œil-main, l’écriture. Mais aussi enseigner l’utilisation de l’ordinateur, proposer des aménagements (voir plus haut), évaluer les besoins en matériel (par ex, un dyspraxique pourra avoir droit à un ordi via la MDPH, c’est l’ergo qui motive cela). Il peut aussi travailler les gestes du quotidien en s’amusant (faire un gâteau pour apprendre à casser un œuf, mesurer, c’est de la coordination et en plus c’est motivant car on mange un gâteau après !).
  • Psychomotricien : Complémentaire de l’ergo, il intervient plus sur la globalité du corps, l’orientation dans l’espace, la latéralité, etc. Par exemple, faire des parcours moteurs, des jeux d’équilibre, des exercices de relaxation pour apprivoiser son corps. C’est utile car beaucoup de dyspraxiques ont une image corporelle un peu floue, ils ne savent pas bien où sont leurs bras dans l’espace sans regarder, etc. Le psychomot aide à conscientiser tout ça.
  • Orthoptiste : Si des problèmes de coordination des yeux sont détectés (très fréquent), quelques séances d’orthoptie (kiné des yeux) peuvent améliorer le suivi du regard, la lecture, etc. Par exemple, un orthoptiste peut entraîner l’enfant à suivre une ligne de texte avec des yeux plus stables, ou à mieux évaluer les distances (utile pour attraper une balle).
  • Neuropsychologue : Parfois impliqué pour faire le bilan et aussi pour travailler sur les fonctions exécutives. Un dyspraxique doit apprendre des stratégies de compensation cognitive : planifier mentalement ce qu’il va faire, utiliser des moyens mnémotechniques, etc. Un neuropsy peut l’y aider via des jeux de planification, de logique. Aussi, la dyspraxie pouvant impacter l’attention, on peut faire des activités pour apprendre à se recentrer.
  • Soutien scolaire adapté : L’enseignant référent ou un enseignant spécialisé peuvent mettre en place un PPS avec l’accord de la MDPH. Ce Plan de compensation peut prévoir l’usage d’un ordinateur en classe, du temps supplémentaire aux examens, une AESH pour l’aider sur certaines matières (par ex, en géométrie pour tenir la règle, ou en techno pour manipuler les outils). C’est crucial de formaliser ces aménagements pour ne pas que l’enfant soit pénalisé à cause de sa motricité. Le but, c’est qu’il soit évalué sur le fond (ses connaissances, sa réflexion) et pas sur la forme (la propreté de sa copie, la beauté de son dessin).

En terminant ce tour d’horizon, on peut dire que la dyspraxie est un défi frustrant, mais qui apprend aussi la débrouillardise. Les dyspraxiques développent souvent un sens de la résilience et de l’humour : ils savent rire d’eux-mêmes (après coup) quand ils se trompent de porte ou qu’ils ont deux chaussettes dépareillées sans le faire exprès. Beaucoup deviennent des as de la débrouille en trouvant des moyens de contourner leurs difficultés. Par exemple, j’ai connu un étudiant dyspraxique en architecture (oui !) qui ne pouvait pas tracer un trait droit à la main mais qui était un crack de l’infographie assistée par ordinateur – il a compensé par la technologie et excellait dans son domaine.

Le message aux parents : ne jamais sous-estimer l’adaptabilité de votre enfant. Avec du soutien, il trouvera son chemin. Peut-être ne saura-t-il jamais faire ses lacets (et alors ? il y a des chaussures sans lacets très stylées), peut-être sa chambre sera éternellement en bazar “organisé”, mais il aura appris à vivre avec. Vous serez surpris de le voir adulte utiliser un GPS mental pour compenser son sens de l’orientation défaillant, ou choisir un métier où sa maladresse n’est pas un frein (il y en a plein : informaticien, chercheur, musicien, écrivain – eh oui taper à l’ordi ça va 😉…).

En attendant, accordez-vous aussi le droit de rire avec lui de certaines situations rocambolesques (après coup, pas sur le moment de sa détresse). L’humour est souvent le meilleur allié pour dédramatiser quand, par exemple, il rentre avec son t-shirt mis à l’envers toute la journée et qu’aucun camarade n’a osé lui dire. On remet le t-shirt à l’endroit, on rigole ensemble : « Eh bien, tu as lancé une nouvelle mode aujourd’hui ! » et on passe à autre chose. Avec beaucoup d’amour, de patience et ces touches de légèreté, la dyspraxie devient juste une composante de la vie, et non un frein aux rêves de votre enfant. Après tout, comme le disait un célèbre personnage maladroit, « Le seul vrai handicap dans la vie, c’est un mauvais état d’esprit. » Alors gardons le moral, et en avant la vie – même si on marche un peu de travers, l’important c’est d’avancer 😊 !

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