
Vous avez relu trois fois ce mail, vous vous reconnaissez dans quelques paragraphes de ce guide, et quelque part entre soulagement et colère vous vous dites : d’accord, mais maintenant, concrètement, qu’est-ce que je fais ? C’est exactement la question que tente de répondre cet article. Ici, on quitte un instant la théorie et les astuces du quotidien pour aller chercher ce qui change vraiment la vie : la reconnaissance, les aménagements officiels, les accompagnements professionnels et les réseaux qui savent où poser la main pour débloquer une situation. Parce qu’on peut s’organiser au quotidien, mais il arrive qu’on ait besoin d’un coup de pouce administratif, d’un temps en plus aux examens, d’un logiciel payé par l’employeur, ou tout simplement d’un conseiller qui connaît le terrain. Respirez : on va détailler tout ça, étape par étape, sans jargon inutile.
Pourquoi chercher des aides ? (Et pourquoi ce n’est pas « se victimiser »)
Avant d’entrer dans les formulaires et les sigles, posons le cadre. Obtenir une reconnaissance ou un aménagement, ce n’est pas se mettre une étiquette qui vous persécutera à vie. C’est une stratégie pragmatique pour aligner vos conditions de travail/études avec votre manière de fonctionner. Imaginez une course où tout le monde part du même point mais vous devez franchir des obstacles invisibles ; les aides ne vous donnent pas un raccourci, elles retirent quelques barrières pour que vos compétences puissent enfin s’exprimer. Beaucoup d’adultes que je rencontre racontent la même chose : demander de l’aide, c’est d’abord accepter que certaines choses ne s’arrangent pas par la volonté seule — et c’est souvent le premier pas vers une grande liberté.
La RQTH (Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé) : le sésame professionnel

La RQTH est souvent la porte d’entrée la plus utile pour un adulte dyslexique qui rencontre des difficultés au travail. Concrètement, elle reconnaît que, dans votre emploi, vous pouvez bénéficier d’aménagements : accès à des formations financées, logiciels payés par l’employeur ou par l’Agefiph, adaptation des horaires, aides au recrutement, et accès à Cap Emploi, le réseau spécialisé dans l’accompagnement professionnel des personnes en situation de handicap.
Comment l’obtenir sans en faire une montagne ? D’abord, consolidez votre dossier médical : le bilan orthophonique (et, si disponible, un bilan neuropsychologique) est l’élément clé. Ces comptes-rendus décrivent précisément vos difficultés et vos besoins — gardez-les précieusement. Ensuite, déposez un dossier auprès de la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) de votre département. Le formulaire peut sembler lourd, mais il existe des associations locales (FFDys – france, APEDA Belgique, etc.) qui aident à le compléter — ne vous privez pas de ce coup de main.
Deux remarques pratiques : la RQTH est confidentielle (l’employeur n’en est informé que si vous le souhaitez) et elle peut être demandée à tout moment. Elle est généralement accordée pour une durée déterminée et renouvelable, ce qui permet d’ajuster le dispositif en fonction de l’évolution de votre situation.
Aménagements au travail : du concret, pas des promesses
La RQTH ouvre la porte à des mesures concrètes. Par exemple, vous pouvez demander l’installation d’un correcteur professionnel (Antidote, licences pro), un accès prioritaire à un logiciel de dictée vocale ou à des services de secrétariat, la possibilité de travailler avec un ordinateur (même pour des tâches qui seraient normalement manuscrites), ou encore une adaptation de vos objectifs et délais. Dans certains métiers, il est possible de redéfinir certaines tâches — se concentrer sur vos points forts en déléguant ou en mutualisant certaines obligations écrites.
Les entreprises ne sont pas toutes égales, mais beaucoup disposent d’un référent handicap ou d’un service ressources humaines qui sait monter un plan d’aménagement de poste. Si votre employeur semble perdu, faites appel à Cap Emploi : ses conseillers connaissent bien les employeurs, les dispositifs d’aide à l’embauche et les financements (Agefiph) qui motivent souvent la mise en place d’un aménagement. Enfin, une petite astuce : préparez un document court et clair expliquant vos besoins (ex. « besoin d’un correcteur + 30 min supplémentaires pour rapports ») — la clarté facilite la négociation.
Aménagements d’examens et de concours : égalité des chances
Si vous êtes en études supérieures ou préparez un concours, sachez que la loi prévoit des aménagements d’épreuves (tiers-temps, utilisation d’un ordinateur, secrétaire d’examen, épreuves orales en substitution, etc.). Ces mesures ne tombent pas du ciel : il faut les demander en amont, avec les pièces justificatives (bilan orthophonique, compte-rendu médical). Contactez rapidement le service handicap de votre université ou l’organisme organisateur du concours — souvent, la procédure demande plusieurs mois de délai, donc anticipez.
Une anecdote fréquente : Sophie, étudiante en droit, a reçu 30 % de temps supplémentaire et a transformé son année universitaire. Elle connaissait ses cours sur le bout des doigts ; ce qui la freinait, c’était le temps d’écrire. Un aménagement simple a suffi pour que ses notes reflètent enfin ses compétences réelles. Moralité : ne laissez pas votre vitesse d’écriture décider de votre avenir.
Les dispositifs financiers : AAH, PCH, Agefiph… qui fait quoi ?
Les aides financières peuvent paraître obscures, mais elles existent et méritent d’être connues. L’AAH (Allocation Adulte Handicapé) vise ceux dont la capacité de travail est fortement réduite ; pour une dyslexie isolée, l’AAH est rarement accordée sauf si le diagnostic s’accompagne d’un taux d’incapacité élevé ou d’autres troubles associés. La PCH (Prestation de Compensation du Handicap) est davantage pensée pour des aides matérielles ou humaines — elle peut, dans certains cas particuliers, financer des équipements ou des formations spécifiques.
Côté emploi, l’Agefiph (association de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées) finance des formations, des aménagements techniques, et peut verser des aides à l’embauche. Cap Emploi est l’acteur de terrain qui met en relation candidats, employeurs et dispositifs. Ne soyez pas intimidé par les sigles : prenez contact avec ces structures, exposez votre cas, et ils vous diront si vous êtes éligible à un droit ou à une aide.
Les acteurs qui vous accompagnent (et pourquoi les solliciter)
Vous n’êtes pas seul dans ce parcours administratif. Il existe une constellation d’acteurs : orthophonistes, neuropsychologues, associations (FFDys, Dyslexiques de France, APEDA), services handicap d’université, Cap Emploi, MDPH et bien sûr des collectifs locaux. Chacun apporte sa pierre : les professionnels médicaux documentent votre situation, les associations vous accompagnent dans les démarches et offrent du soutien moral, et Cap Emploi vous aide à traduire vos besoins en aménagements concrets avec un employeur.
Un conseil pratique : dès que vous pensez à une démarche (RQTH, AAH, aménagements d’examens), identifiez un référent humain — un orthophoniste qui signe les bilans, un bénévole d’association qui relit votre dossier, un conseiller Cap Emploi. Avoir une personne qui vous guide coupe l’angoisse administrative et accélère les choses.
Ressources fiables pour se documenter
Il y a beaucoup de bonnes ressources en ligne, mais toutes ne se valent pas. FFDys est une bonne porte d’entrée institutionnelle ; Mon Parcours Handicap (service public) centralise les démarches MDPH et les formulaires. Les associations locales offrent du relais opérationnel : aide au montage de dossier, mise en relation avec des spécialistes, etc. Côté lecture, des ouvrages pratiques et des témoignages aident à se sentir moins isolé et à s’inspirer (les livres cités dans notre guide sont de bons points de départ). Et enfin, n’hésitez pas à consulter des articles pratiques sur Dysclick, en particulier ceux consacrés à l’impact de la dyslexie au travail ou à l’usage des outils numériques (par exemple Impact de la Dyslexie sur la Vie Professionnelle ou Maîtrisez Votre Orthographe avec ChatGPT).
Votre route avec la bonne équipe
La paperasse, les sigles et les rendez-vous peuvent sembler lourds au départ ; mais derrière chaque formulaire complété se profile une vie professionnelle et personnelle plus fluide. La RQTH, les aménagements d’examens, les aides financières et les acteurs de terrain ne sont pas des caches-misère : ce sont des outils pour que votre talent prenne la place qu’il mérite. Entourez-vous : un orthophoniste compétent, une association qui vous soutient, un conseiller Cap Emploi et — si possible — un manager compréhensif font toute la différence.
Si l’idée vous inquiète encore, commencez par un petit geste : relisez votre bilan, notez trois situations professionnelles qui vous posent problème et envoyez un mail à un service d’accompagnement (Cap Emploi ou MDPH). Vous verrez que l’action appelle l’action, et que la route se construit pas à pas, souvent avec des gens prêts à tendre la main.
Vous n’avez pas à tout porter tout seul. Avec les bons interlocuteurs et quelques aménagements, la dyslexie cesse d’être une entrave permanente pour devenir un élément parmi d’autres de votre parcours — parfois gênant, parfois source d’ingéniosité, mais jamais une fatalité. Allez, on range la culpabilité au placard, on prend un café, et on commence à cocher la première case. Vous n’êtes pas seul, et il existe une équipe prête à marcher avec vous.
Partagez :
