TND, autisme, TDAH, DYS : mieux comprendre son enfant

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Comprendre les Troubles du Neurodéveloppement (TND)

Les troubles du neurodéveloppement, souvent abrégés TND, regroupent un ensemble de troubles apparaissant pendant l’enfance et affectant le développement du cerveau. Concrètement, cela signifie que certaines fonctions comme le langage, l’apprentissage, la motricité, l’attention ou les interactions sociales se développent différemment. Ces troubles incluent notamment l’autisme, le TDAH, les troubles “dys” (dyslexie, dyspraxie, dysphasie, etc.), le trouble du développement intellectuel, le trouble du langage et le trouble de la coordination. Même si chaque trouble a ses particularités, ils ont pour point commun d’entraîner des difficultés significatives au quotidien pour les enfants et leurs proches. La Haute Autorité de Santé estime d’ailleurs que les TND touchent environ 5% de la population en France handicap.gouv.fr – en clair, dans une école, il y a fort à parier que plusieurs élèves sont concernés, souvent sans que cela se voie au premier regard.

Repérer les premiers signes chez l’enfant

Comment savoir si un enfant présente un TND ? Les premiers indices apparaissent généralement dans la petite enfance, mais ils peuvent être subtils. Par exemple, un bébé qui ne pointe pas du doigt vers 18 mois ou qui ne babille pas peut évoquer un TSA (autisme). Un tout-petit qui tarde à dire ses premiers mots ou à faire des phrases peut avoir un trouble du langage. Plus tard, à l’âge scolaire, ce sont souvent les enseignants qui alertent : difficultés à tenir en place et à se concentrer (on pense au TDAH), problèmes pour apprendre à lire malgré une intelligence normale (cela fait penser à la dyslexie), maladresse excessive pour s’habiller ou écrire (évoquant la dyspraxie), etc. Chaque trouble a son lot de signes caractéristiques. Souvent, les parents ont ce pressentiment que “quelque chose diffère” dans le développement de leur enfant. Il est important de se faire confiance et d’en parler à des professionnels plutôt que de culpabiliser. Ce n’est pas “de la faute” des parents : un TND résulte de facteurs neurobiologiques et non d’une mauvaise éducation. Repérer tôt ces signaux permet d’agir rapidement pour mettre en place les aides adéquates.

Des troubles variés, mais souvent entremêlés

Sous l’acronyme TND se cache une famille très diverse de troubles. Pour s’y retrouver, voici un petit panorama des principaux troubles du neurodéveloppement :

  • TSA (Trouble du Spectre de l’Autisme) : affecte principalement la communication et les interactions sociales, avec des comportements et intérêts souvent restreints ou répétitifs. Chaque personne autiste est différente – on parle de spectre – certaines sont peu verbales et très sensibles aux stimuli, d’autres parlent abondamment d’un sujet qui les passionne.
  • TDAH (Trouble Déficit de l’Attention avec/sans Hyperactivité) : se manifeste par une inattention marquée, de l’impulsivité et, chez certains, de l’hyperactivité motrice. L’enfant TDAH peut être comparé à un petit kangourou sur ressort : il bouge beaucoup et a du mal à se concentrer longtemps, même s’il est très intelligent et créatif.
  • Troubles “Dys” ou TSLA (Troubles Spécifiques du Langage et des Apprentissages) : ce sont les troubles spécifiques des apprentissages, comme la dyslexie (lecture), la dysorthographie (orthographe/écriture), la dyscalculie (maths), ou des troubles du langage oral comme la dysphasie (aujourd’hui appelé TDL – trouble développemental du langage). Ces troubles n’affectent qu’un domaine spécifique (par ex. la lecture) chez un enfant par ailleurs aussi capable que les autres, ce qui rend la situation déroutante : comment un enfant si malin peut-il peiner autant à lire un simple texte ?
  • TDI (Trouble du Développement Intellectuel) : correspond à une déficience intellectuelle, c’est-à-dire une limitation significative du fonctionnement intellectuel et des capacités d’adaptation. Il peut être léger ou plus sévère, et s’accompagne parfois d’autres troubles (par exemple, environ 30 à 40% des personnes autistes ont aussi un TDI associéhandicap.gouv.fr).
  • TDL (Trouble Développemental du Langage) : anciennement appelé dysphasie, c’est un trouble durable qui affecte la capacité à parler et/ou à comprendre le langage, sans cause apparente (comme une surdité). L’enfant TDL cherche ses mots, forme des phrases simplifiées, et a du mal à communiquer alors même qu’il comprend beaucoup de choses.
  • TDC (Trouble Développemental de la Coordination) : aussi appelé dyspraxie, c’est un trouble de la coordination des gestes. L’enfant TDC est extrêmement maladroit pour des activités pourtant simples pour les autres (boutonner sa chemise, attraper un ballon, écrire lisiblement…). Son cerveau a du mal à automatiser les séquences de mouvements.

Il n’est pas rare qu’un même enfant cumule plusieurs TND (par exemple, dyslexie et TDAH, ou autisme et dyspraxie) . Cela peut rendre le diagnostic plus complexe, car les difficultés s’entremêlent. L’important est de voir au-delà des étiquettes : chaque personne a son propre profil, avec ses forces et ses défis. Les troubles ne définissent pas l’enfant en entier, ils ne sont qu’une partie de son histoire.

Combien de personnes sont concernées ? Quelques chiffres-clés

On l’a vu, les TND sont loin d’être rares. Quelques repères chiffrés permettent de mesurer l’ampleur du phénomène :

  • Environ 5% des enfants présentent un trouble du neurodéveloppement handicap.gouv.fr. Si l’on se réfère aux naissances en France, cela représente environ 35 000 bébés chaque année qui auront, d’une façon ou d’une autre, besoin d’un accompagnement particulier.
  • Parmi eux, les troubles “Dys” (dyslexie, dyspraxie, etc.) concernent environ 6 à 8% des enfants d’une classe d’âge ffdys.com. La dyslexie (trouble de la lecture) est la plus fréquente – environ 4 à 5% des élèves seraient dyslexiques – suivie par la dyspraxie (3% des enfants) et la dysphasie/TDL (2% environ). Certaines études internationales évoquent même jusqu’à 10-15% des enfants avec un trouble d’apprentissage si on inclut les formes légères.
  • Le TDAH touche environ 5% des enfants et adolescents (et environ 2,5% des adultes). Ainsi, en moyenne un ou deux élèves par classe pourraient avoir un TDAH, même si tous ne sont pas diagnostiqués.
  • Les TSA (autisme) représentent environ 1% des naissances. En France, cela correspond à environ 100 000 jeunes de moins de 20 ans autistes actuellement, et près de 600 000 adultes autistes. Contrairement à certaines idées reçues, l’autisme n’est pas exceptionnel – c’est même l’un des TND les plus médiatisés ces dernières années.
  • Le TDI (déficience intellectuelle) concerne environ 1 à 2% de la population générale. Cela représente plus d’un million de personnes en France vivant avec une déficience intellectuelle à des degrés diversem-consulte.com.

Derrière ces pourcentages, il y a des enfants et des familles qui, au quotidien, doivent s’adapter et trouver des solutions. Mieux connaître ces chiffres peut aider à dédramatiser : non, vous n’êtes pas seuls. Il y a probablement d’autres parents dans votre entourage ou votre ville qui vivent des expériences similaires, même si chaque parcours est unique.

Le quotidien avec un enfant ayant un TND

Vivre avec un enfant qui a un trouble du neurodéveloppement, c’est chaque jour une aventure. Les défis pratiques sont omniprésents, mais les victoires – même petites – sont d’autant plus savoureuses. Pour illustrer, prenons une scène typique du soir dans une famille :

Maman : (jette un œil à l’horloge) « Il est 18h, on attaque les devoirs ! Jules, tu commences par la lecture, d’accord ? »
Jules (9 ans, dyslexique) : (fronce les sourcils devant le texte) « Je… je n’y arrive pas, les mots dansent… »
Maman : « Ok, pas de panique. On va lire ensemble, un petit paragraphe à deux voix, et on fait des pauses. Regarde, on va aussi essayer avec ta règle en suivant mot par mot. »
Pendant ce temps, dans la même pièce…
Papa : « Léa, tu as fini ton exercice de maths ? »
Léa (12 ans, TDAH) : (couchée en travers de sa chaise) « Hein ? Euh… J’avais commencé mais j’ai oublié… Ah tiens, tu savais que les fourmis peuvent porter 50 fois leur poids ? »
Papa (sourire amusé malgré lui) : « Revenons aux maths, championne. Allez, on se remet dessus 5 minutes, puis on fera une pause fourmis. Tiens, et si tu utilisais le minuteur pour t’aider à te concentrer jusqu’à ce qu’il sonne ? »
Dans la cuisine…
Émilie (6 ans, TSA) : (met son casque anti-bruit) « Trop de bruit… »
Maman : (chuchote) « D’accord ma puce, mets-toi dans le salon au calme avec ta tablette, on arrive dès qu’on peut. »

Cette petite scène, bien qu’imaginaire, reflète des situations réelles. Le quotidien est fait d’aménagements : on apprend à déchiffrer les besoins sensoriels de l’un (réduire le bruit, instaurer des routines rassurantes), à utiliser des outils ludiques ou numériques pour l’autre (minuteur visuel, applications éducatives), à fractionner les tâches, à valoriser les efforts plutôt que le résultat parfait. C’est souvent épuisant pour les parents – mieux vaut avoir un bon stock de café et de patience – mais aussi rempli de fierté. Chaque petit progrès (un mot bien lu, une soirée sans crise, un devoir fini sans drame) est une victoire qui mérite d’être célébrée.

Emotionnellement, cela peut être un ascenseur émotionnel. Les enfants TND ressentent fréquemment de la frustration, de l’anxiété, voire une baisse d’estime de soi, surtout s’ils se comparent aux autres. Un adolescent dyspraxique pourra, par exemple, se sentir découragé de ne pas réussir à faire du vélo alors que “tout le monde y arrive”. Il est crucial de les entourer d’empathie, de les aider à se focaliser sur leurs talents (car ils en ont !), et de leur montrer qu’ils ne sont pas “moins intelligents” – ils apprennent juste autrement. Pour les parents et la fratrie, ce n’est pas simple non plus : fatigue, inquiétude pour l’avenir, parfois le regard jugeant de l’entourage (“il est juste mal élevé, ton gamin hyperactif”, “c’est parce que tu le couves trop”…). D’où l’importance de s’informer et de sensibiliser : plus on comprend ce que vit l’enfant, mieux on peut adapter les attentes et le soutenir. Et tant pis pour les commentaires désobligeants : vous savez, vous, ce que vous accomplissez au quotidien pour aider votre enfant à grandir.

Accompagnement : quelles aides et quels professionnels ?

Bonne nouvelle : on n’est pas démuni face aux TND. Il existe de nombreuses stratégies et aides pour accompagner ces enfants vers l’épanouissement. La clé, c’est un accompagnement personnalisé et pluridisciplinaire. En clair, plusieurs professionnels peuvent intervenir, chacun dans son domaine de spécialité, en partenariat avec la famille et l’école. Voici les principaux acteurs et solutions d’accompagnement :

  • Le médecin (pédiatre, neuropédiatre ou pédopsychiatre) : souvent le premier point de contact pour un diagnostic. Il coordonne les bilans (par exemple, un bilan neuropsychologique, un bilan orthophonique, etc.) et peut poser un diagnostic médical (TSA, TDAH, etc.). Dans le cas du TDAH, c’est aussi le médecin qui peut proposer un traitement médicamenteux si nécessaire.
  • L’orthophoniste : spécialiste du langage oral et écrit. Il/elle intervient pour les dyslexies, dysorthographies, dysphasies/TDL, et même auprès d’enfants autistes pour travailler la communication. Les séances d’orthophonie sont souvent ludiques (jeux autour des sons, des lettres, images) et visent à améliorer les compétences de l’enfant tout en contournant ses difficultés.
  • Le neuropsychologue / psychologue : réalise des bilans cognitif et neuropsychologique afin de mieux cerner le profil de l’enfant (QI, mémoire, attention, fonctions exécutives…). Ce bilan aide à comprendre comment l’enfant apprend et où sont ses points forts/faibles. Le psychologue peut aussi proposer des thérapies comportementales ou du soutien psychologique si l’enfant souffre de troubles émotionnels liés à son TND (anxiété, estime de soi…).
  • L’ergothérapeute : professionnel de la rééducation qui aide à améliorer l’autonomie dans les gestes du quotidien. Il est très utile pour la dyspraxie/TDC (travail de la motricité fine, adaptations pour l’écriture – par ex. apprendre à taper à l’ordinateur quand l’écriture manuscrite est trop difficile, utiliser des outils comme des règles avec guide-ligne, etc.). L’ergothérapeute conseille aussi sur l’aménagement de l’environnement : par exemple, un enfant dyslexique pourra bénéficier de logiciels de lecture, un dyspraxique d’un ordinateur avec correcteur orthographique, etc.
  • Le psychomotricien : également axé sur la motricité globale et l’aspect corporel. Il aide les enfants qui ont des difficultés dans la gestion de leur corps, l’équilibre, l’espace – cela peut concerner les dyspraxiques, mais aussi certains enfants autistes ou TDAH qui ont du mal à se poser, ou des troubles du tonus. Les séances de psychomotricité passent par le jeu, la relaxation, des parcours moteurs, pour réconcilier l’enfant avec son corps et améliorer sa coordination.
  • L’enseignant et l’école : c’est un maillon central. Une fois le trouble identifié, un PPRE ou un PPS (Plan d’Accompagnement) peut être mis en place à l’école pour adapter l’enseignement : par exemple, offrir du temps supplémentaire pendant les contrôles, accepter les travaux dactylographiés à la place des copies manuscrites pour un élève dysgraphique, fragmenter les consignes, autoriser le port de casques anti-bruit pour un élève autiste hypersensible, etc. Les enseignants référents et psychologues scolaires peuvent aider à coordonner ces aménagements. Parfois, la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées) attribue une AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap, anciennement AVS) pour soutenir l’enfant en classe.
  • Les structures spécialisées et associations : pour les cas plus sévères ou pour accompagner les familles, il existe des CAMSP (Centre d’Action Médico-Sociale Précoce) pour les tout-petits, des CMPP (Centres médico-psycho-pédagogiques), des SESSAD (Services d’éducation spéciale et de soins à domicile) ou encore des associations de parents (comme la Fédération Française des DYS, Autisme France, HyperSupers TDAH, etc.). Ne pas hésiter à les contacter : elles offrent écoute, conseils pratiques, groupes de parole et parfois des ateliers pour enfants. Partager avec d’autres parents qui “vivent la même chose” est souvent un grand soulagement.

En somme, l’accompagnement d’un TND est comme un orchestre : chaque professionnel joue sa partition, et les parents en sont les chefs d’orchestre (ainsi que les premiers supporters de l’enfant !). Cela demande du temps (les agendas se transforment vite en Tetris pour caser les séances de rééducation…), de l’énergie et de la persévérance. Mais ces efforts portent leurs fruits : avec les bonnes adaptations, nos enfants aux besoins atypiques peuvent progresser, gagner en confiance, et révéler tout leur potentiel. De plus, la société évolue dans le bon sens : les pouvoirs publics commencent à investir (un plan national a récemment dédié 680 millions d’euros à l’amélioration du diagnostic et de l’accompagnement des TND), et l’école inclusive n’est plus un vain mot. Chaque petit pas – qu’il soit franchi par votre enfant à la maison, ou à l’échelle du pays – est un pas vers une société plus inclusive, où chaque différence est accueillie avec bienveillance. Et ça, ça donne de l’espoir pour l’avenir !

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