
Une équipe autour de l’enfant DYS
Pour aider un enfant DYS à s’épanouir et progresser, il faut une équipe soudée. Parents, enseignants et professionnels spécialisés doivent coopérer, un peu comme les Avengers se réunissent pour un super-héros en herbe ! Chacun a son rôle : l’un travaille sur les mots, l’autre sur la motricité, un troisième accompagne en classe… Voici les principaux acteurs qui peuvent intervenir et comment ils aident votre enfant, du diagnostic à la prise en charge au quotidien.
Les thérapeutes de la rééducation et du diagnostic
Ce sont les spécialistes qui évaluent les troubles et proposent des rééducations pour faire progresser l’enfant.

Orthophoniste – Le spécialiste des mots et du langage. C’est souvent le premier professionnel consulté quand on soupçonne un trouble DYS. L’orthophoniste est l’expert de la dyslexie, de la dysorthographie (troubles du langage écrit), mais aussi de la dysphasie (trouble du langage oral) et dans une certaine mesure de la dyscalculie. Son rôle :
- Évaluer le langage oral et écrit de l’enfant à travers un bilan (tests de lecture, compréhension, articulation, etc.), et poser éventuellement un diagnostic de dyslexie ou autre trouble du langage.
- Entreprendre des séances de rééducation régulières pour améliorer la lecture, l’écriture, la compréhension du texte, l’expression orale… Par exemple, pour un enfant dyslexique, l’orthophoniste va travailler la conscience phonologique (la capacité à manipuler les sons) et entraîner la lecture de manière progressive et adaptée.
- Conseiller les parents et l’école : un orthophoniste peut suggérer des aménagements (comme utiliser une police de caractère adaptée, limiter les lectures à voix haute forcées en classe, etc.) afin de soulager l’enfant.
En pratique : les séances d’orthophonie ont généralement lieu 1 à 2 fois par semaine, en cabinet libéral le plus souvent. Elles sont remboursées par la Sécurité sociale à 60% (et le complément par la mutuelle) sur prescription médicale. La difficulté principale est de trouver un orthophoniste disponible, car la demande est forte et les listes d’attente peuvent être longues (plusieurs mois). N’hésitez pas à en contacter plusieurs et à élargir la zone géographique de recherche si besoin.

Ergothérapeute – Le spécialiste des gestes et de l’autonomie. L’ergothérapeute intervient surtout pour les dyspraxies (troubles de la coordination motrice) et les dysgraphies (troubles de l’écriture). Son but : (ré)apprendre les gestes du quotidien et scolaires en les adaptant aux capacités de l’enfant. Concrètement, avec un enfant dyspraxique par exemple, l’ergo va :
- Travailler l’écriture manuscrite : apprendre à mieux tenir son crayon, adapter la posture, éventuellement introduire un clavier d’ordinateur si écrire à la main reste trop difficile.
- Recommander du matériel adapté : stylos ergonomiques, réglages du bureau et de la chaise, logiciels d’aide à la prise de notes… L’ergothérapeute peut préconiser des outils très concrets (feuilles avec lignage spécial, règles de lecture, etc.).
- Entraîner l’enfant à planifier ses actions : par des jeux et exercices, l’ergothérapeute aide l’enfant à développer des stratégies pour les tâches complexes (par exemple, comment organiser son cartable, ou comment s’y prendre pour recopier un texte sans se perdre).
En pratique : l’ergothérapie se déroule en cabinet libéral ou en centre de rééducation, à raison d’une séance par semaine en moyenne. Attention, ce n’est pas remboursé par la Sécu (sauf cas très particuliers ou si l’ergo travaille dans un hôpital ou CMPP). Le tarif d’une séance tourne autour de 40-50€. Certaines mutuelles remboursent une petite partie, et la MDPH peut aider via l’AEEH (complément) si le besoin est reconnu. Beaucoup de familles n’y ont pas recours faute de moyens ou faute de professionnels à proximité. Quand c’est possible, l’ergothérapie peut grandement aider un enfant dyspraxique à gagner en autonomie.

Psychomotricien – L’expert de la coordination et du schéma corporel. Comme l’ergothérapeute, le psychomotricien intervient sur la dyspraxie et les problèmes de coordination, mais avec une approche un peu différente, plus centrée sur le corps et les perceptions. En séances de psychomotricité, on peut travailler sur :
- La motricité globale et l’équilibre (parcours psychomoteur, jeux de ballon pour améliorer l’adresse, etc.).
- La spatialisation : aider l’enfant à mieux s’orienter dans l’espace, à situer son corps, ce qui peut aider pour écrire droit sur une ligne ou se repérer sur une feuille.
- La gestion du tonus et du stress : beaucoup d’enfants DYS se fatiguent vite ou au contraire bougent trop. Le psychomotricien apprend à doser son effort, à se détendre, via des exercices de respiration, de relaxation, des activités rythmiques.
En pratique : les séances de psychomotricité (souvent hebdomadaires) ne sont pas remboursées par la Sécu non plus. Tarifs similaires à l’ergothérapie. Parfois, il faut arbitrer entre ergo et psychomot car les deux peuvent se chevaucher – le choix dépend du profil de l’enfant et de ce qui est disponible localement. À noter : en maternelle/primaire, certains RASED (Réseaux d’aides spécialisées de l’éducation) comportent un psychomotricien qui peut intervenir à l’école, mais cela se raréfie.

Neuropsychologue – Le détective du fonctionnement cognitif. Ce n’est pas un soignant à proprement parler (il ne “rééduque” pas), mais son bilan est souvent crucial pour comprendre le profil de l’enfant. Le neuropsychologue réalise des tests standardisés pour évaluer le QI, la mémoire, l’attention, les fonctions exécutives (organisation, flexibilité mentale). Son rapport permet de :
- Confirmer un diagnostic de trouble DYS en vérifiant que les difficultés ne sont pas dues à un autre problème cognitif global. Par exemple, un enfant qui a du mal en lecture peut avoir un QI très hétérogène avec un trouble de l’attention : le neuropsychologue démêle cela.
- Identifier des points forts et points faibles cognitifs de l’enfant. Utile pour adapter la prise en charge : si la mémoire verbale est très faible, on saura qu’il faut compenser par le visuel, etc.
- Orienter vers d’autres spécialistes si besoin (ex : suspicion de TDAH -> conseil de voir un pédopsychiatre).
En pratique : le bilan neuropsychologique se fait généralement en libéral (peu de places en hôpital), sur 2 à 4 demi-journées de tests. Non remboursé (comptez 300€ à 600€ le bilan complet). Parfois, une partie peut être prise en charge via le forfait précoce des PCO pour les moins de 7 ans, ou via des programmes de recherche/évaluation dans certains hôpitaux. Après le bilan, le neuropsychologue peut proposer quelques séances de remédiation cognitive (entraînement de la mémoire, de l’attention) si nécessaire, mais ce n’est pas systématique. Souvent, on y retourne quelques années plus tard pour faire le point (par exemple avant l’entrée au collège) et ajuster les interventions.
Les professionnels au sein de l’école
L’école elle-même met en place des ressources humaines pour accompagner l’élève DYS dans sa scolarité quotidienne.

AESH (Accompagnant d’Élève en Situation de Handicap) – L’ange-gardien en classe. L’AESH (autrefois appelé AVS) est la personne qui accompagne l’enfant en classe pour l’aider dans les tâches que son trouble rend difficiles. Par exemple, un élève dysgraphique avec une AESH pourra dicter ses réponses à l’AESH qui les écrit, ou demander à l’AESH de relire un énoncé si lui n’arrive pas à le déchiffrer. L’AESH peut :
- Aider à la prise de notes : écrire sous la dictée de l’enfant, ou compléter son cours s’il n’a pas eu le temps de tout noter.
- Faciliter la compréhension des consignes : reformuler calmement à côté de l’élève une consigne compliquée, l’aider à se concentrer sur l’essentiel.
- Gérer le matériel : sortir l’ordinateur de l’enfant, l’aider à organiser ses feuilles, etc., pour éviter qu’il perde du temps et de l’énergie.
- Jouer un rôle de médiateur : encourager l’élève, l’inciter à oser poser des questions, et faire le lien avec l’enseignant si quelque chose ne va pas.
En pratique : l’AESH n’est attribué qu’avec une notification de la MDPH (via le PPS). L’aide peut être mutualisée (une AESH pour 2-3 élèves dans la classe) ou individuelle (si l’enfant a des besoins importants, par exemple un temps plein). L’AESH est un personnel de l’Éducation nationale, il n’y a pas de coût pour la famille. Cependant, il y a un vrai défi de recrutement : dans certaines régions, même notifiée, l’aide peut tarder faute d’AESH disponibles. N’hésitez pas à relancer l’inspection académique si l’AESH tarde à arriver après la notification.

Psychologue scolaire – Le conseiller éducatif. Présent surtout à l’école primaire (ils sont désormais appelés Psychologues de l’Éducation nationale, spécialité “éducation, développement et conseil”), le psychologue scolaire intervient à la demande de l’enseignant ou des parents lorsque des difficultés scolaires sont repérées. Son rôle :
- Réaliser des évaluations psychologiques de premier niveau. Par exemple, il peut faire passer à l’enfant en CM1 un test de QI ou des épreuves cognitives pour voir s’il y a un profil “dysharmonique” qui expliquerait ses difficultés. Ce n’est pas un diagnostic officiel, mais un pré-dépistage qui peut orienter vers des bilans plus poussés (comme le bilan neuropsychologique).
- Conseiller l’équipe éducative sur les aménagements pédagogiques. Le psychologue scolaire peut suggérer des mesures adaptées même sans attendre un diagnostic formel. Par exemple, s’il constate une fragilité en mémoire auditive, il préconisera de donner les consignes par écrit.
- Suivre le bien-être de l’enfant : il peut avoir des entretiens avec l’élève pour le rassurer, l’aider à exprimer ses difficultés, et avec les parents pour faire le point. Ce n’est pas une thérapie, mais un soutien ponctuel dans le milieu scolaire.
En pratique : le psychologue scolaire est un service gratuit de l’Éducation nationale. Cependant, ils couvrent souvent de nombreuses écoles et ne sont pas toujours disponibles rapidement. Si nécessaire, les parents peuvent aussi consulter un psychologue privé pour un suivi plus régulier ou approfondi (mais ce sera hors de l’école).

Enseignant référent – Le chef d’orchestre du parcours scolaire. L’enseignant référent (officiellement Enseignant référent pour la scolarisation des élèves handicapés, ERSEH) est un personnel de l’Éducation nationale dont la mission est de suivre les élèves à besoins particuliers (notamment ceux qui ont un PPS). Il couvre un secteur géographique donné et suit un certain nombre d’élèves. Ses fonctions :
- Informer et soutenir les familles dans les démarches. Par exemple, il peut expliquer aux parents comment monter un dossier MDPH, ou quels aménagements sont possibles pour tel examen.
- Organiser et animer les équipes de suivi de la scolarisation (ESS). Ce sont les réunions (en principe annuelles) où se retrouvent parents, enseignants, professionnels et parfois l’enfant, pour faire le point sur le PPS. L’enseignant référent planifie ces réunions, y participe, rédige le compte-rendu, et veille à ce que les décisions prises (adaptations, orientation…) soient mises en œuvre.
- Être l’interface entre l’école et la MDPH. Il transmet notamment à la MDPH les documents comme le GEVASco (le formulaire d’évaluation scolaire rempli par l’enseignant), et suit l’arrivée des notifications (pour s’assurer par exemple qu’une AESH arrive bien, ou qu’un matériel est fourni).
En pratique : l’enseignant référent est un allié précieux dès lors que votre enfant a un PPS. N’hésitez pas à le contacter (via son email ou téléphone professionnel, qu’on peut demander à l’école ou à l’inspection académique) pour toute question relative à la scolarité de votre enfant. Par exemple, si vous déménagez, il pourra vous orienter pour que le suivi soit repris dans la nouvelle école. Il peut aussi participer à l’élaboration d’un PAP si besoin, même si son rôle principal concerne les PPS.
Coordination et complémentarité des acteurs
Tous ces professionnels gravitent autour de votre enfant, mais encore faut-il qu’ils communiquent et travaillent main dans la main. En tant que parent, vous avez un rôle de chef d’orchestre pour coordonner tout ce beau monde, surtout avant que l’Éducation nationale ne prenne le relais via l’enseignant référent. N’hésitez pas à :
- Faire circuler les bilans : remettez une copie des bilans de votre enfant aux enseignants, à l’AESH, et aux différents thérapeutes (avec votre enfant DYS, pas de secret médical mal placé : plus chacun en sait, mieux c’est !).
- Donner des nouvelles régulières : par exemple, informez l’orthophoniste des progrès observés à l’école, ou inversement informez l’enseignant des conseils donnés par l’orthophoniste. Tout le monde a ainsi les mêmes objectifs.
- Planifier des réunions : vous pouvez demander, en dehors des ESS officielles, des petites réunions de synthèse avec plusieurs pros en même temps. Par exemple, réunir l’enseignant, l’AESH et l’ergothérapeute autour d’une table pour ajuster ensemble les adaptations de classe (peut-être via l’enseignant référent si c’est formel).
- Impliquer votre enfant : selon son âge, encouragez-le à communiquer avec ses “profs” de manière autonome. Par exemple, un collégien dyslexique peut expliquer à son nouveau prof d’anglais ce qui l’aide (avoir la leçon imprimée à l’avance). Ça fait gagner du temps à tout le monde.
Enfin, sachez que certains professionnels mentionnés peuvent se compléter ou se substituer. Par exemple, il n’est pas toujours nécessaire d’avoir à la fois un ergothérapeute et un psychomotricien si l’un des deux suffit pour travailler la dyspraxie. Ou un psychologue libéral peut jouer le rôle de soutien émotionnel si le psychologue scolaire n’est pas disponible. L’important est de trouver la bonne combinaison qui convient à votre enfant et à votre contexte.
Lien interne utile : Pour comprendre quelles aides financières peuvent couvrir les prises en charge (orthophonie, ergothérapie, etc.), consultez notre article « CAF et DYS : quelles aides pour votre enfant ? », qui détaille notamment l’allocation d’éducation de l’enfant handicapé (AEEH) et ses compléments.
En résumé, ne soyez pas effrayés par la longue liste de professionnels potentiels : vous n’aurez probablement pas besoin de tout le monde à la fois. Chaque enfant DYS a son parcours, qui mobilisera tel ou tel expert en fonction de ses besoins. L’important est de savoir que ces ressources existent et de ne pas hésiter à faire appel à elles. Avec la bonne équipe, votre enfant sera accompagné sur tous les fronts : il pourra ainsi développer ses talents et contourner ses difficultés, un pas après l’autre, vers la réussite et l’épanouissement.
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