Calligraphie pour enfant DYS : utile ou contre-productive ?

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Un enfant peut faire beaucoup de fautes… et tracer de très belles lettres. Un autre peut connaître parfaitement l’orthographe d’un mot mais s’épuiser simplement pour l’écrire à la main.

C’est toute la difficulté lorsqu’on parle de calligraphie et de troubles DYS : la dyslexie, la dysorthographie, la dysgraphie et la dyspraxie ne posent pas le même problème face à l’écriture.

Pour certains enfants dyslexiques ou dysorthographiques, la calligraphie peut être une façon de retrouver du plaisir et de la confiance dans l’écrit, sans être jugé sur les fautes. Pour un enfant dysgraphique ou dyspraxique, l’activité sollicite précisément un geste déjà difficile et demande donc beaucoup plus de précautions.

Calligraphie, dyslexie et dysorthographie : retrouver confiance dans l’écrit

Chez un enfant dyslexique ou dysorthographique, le problème principal concerne la lecture, l’orthographe ou la production du langage écrit. Le geste graphique peut, lui, être parfaitement fonctionnel. Pour comprendre ces difficultés, vous pouvez consulter notre article sur la dysorthographie et les aides à l’écriture ou notre guide sur la dyslexie.

Mais les années de dictées corrigées en rouge, les mots mal orthographiés et parfois les remarques des autres peuvent modifier le rapport de l’enfant à l’écriture.

Une étude menée auprès d’enfants dyslexiques ayant subi des moqueries à l’école montre que certains cherchent à protéger leur estime d’eux-mêmes en cachant leurs difficultés scolaires. D’autres travaux retrouvent également une association entre difficultés de lecture et perception plus négative de ses compétences scolaires. Cela ne signifie pas que tous les enfants dyslexiques manquent de confiance, ni qu’une écriture difficile à lire constitue systématiquement une stratégie de protection. Mais la gêne, l’évitement et la volonté de moins exposer ses erreurs existent chez certains enfants.

On peut alors voir apparaître des copies faites très vite, beaucoup de ratures, des mots écrasés ou une écriture dans laquelle l’enfant investit de moins en moins.

Pourquoi séparer calligraphie et orthographe peut aider

C’est probablement là que la calligraphie est la plus intéressante.

Pendant quelques minutes, on peut dire à l’enfant :

Aujourd’hui, tu n’as pas à trouver comment le mot s’écrit. Tu dois simplement jouer avec sa forme.

Donnez-lui directement le mot correctement orthographié. Il peut alors choisir la couleur, observer les lettres, les agrandir, modifier leur épaisseur ou fabriquer une jolie composition.

L’orthographe cesse temporairement d’être le sujet.

Cette séparation est intéressante pour un enfant qui associe progressivement écrire à faire des fautes. Il peut produire quelque chose dont il est fier sans devoir simultanément mobiliser l’orthographe, la grammaire, la conjugaison et le geste graphique.

La calligraphie devient alors davantage une activité créative autour des lettres qu’un exercice scolaire.

Elle peut aussi permettre de remettre en valeur quelque chose que l’école laisse parfois peu de place à valoriser : une lettre peut être réussie même si écrire correctement le mot reste difficile.

Les bénéfices de la calligraphie pour les dyslexique , dysorthographique

Chez un enfant dyslexique ou dysorthographique qui apprécie les activités graphiques, elle peut aider à :

  • retrouver une activité d’écriture sans correction permanente ;
  • regarder les lettres autrement que comme une source d’erreurs ;
  • prendre son temps sans devoir produire une réponse scolaire ;
  • créer quelque chose à montrer et dont il peut être fier ;
  • travailler indirectement l’observation des formes, des espacements et de l’organisation sur la feuille.

Il faut toutefois garder une frontière claire : calligraphier un mot et savoir l’orthographier sont deux compétences différentes.

Un enfant peut devenir très habile pour reproduire magnifiquement un mot donné en modèle tout en continuant à faire des erreurs lorsqu’il doit l’écrire seul. La calligraphie ne remplace donc ni l’apprentissage de l’orthographe ni, lorsqu’elle est nécessaire, la prise en charge orthophonique. L’Assurance Maladie rappelle que la prise en charge de la dyslexie et de la dysorthographie repose principalement sur l’orthophonie et doit être adaptée aux difficultés de chaque enfant.

Calligraphie, dysgraphie et dyspraxie : attention au coût du geste

La situation est différente lorsqu’un enfant est dysgraphique ou présente une dyspraxie, appelée aussi trouble développemental de la coordination.

Ici, le geste lui-même peut être difficile à programmer, coordonner et automatiser. L’écriture peut être lente, coûteuse, irrégulière ou fatigante. L’Inserm rappelle que chez certains enfants présentant un trouble développemental de la coordination, le contrôle de chaque lettre mobilise tellement d’attention qu’il reste moins de ressources pour l’orthographe ou le contenu de ce qui est écrit.

Vous trouverez davantage de repères dans nos articles sur la dysgraphie chez l’enfant et sur le trouble développemental de la coordination, ou dyspraxie.

Dans ce contexte, proposer davantage de tracés n’est pas automatiquement bénéfique.

La calligraphie demande souvent de contrôler précisément la pression, la direction, l’amplitude du mouvement, les espacements et parfois la position de l’outil. Ce sont justement des éléments qui peuvent être coûteux pour l’enfant.

Une activité créative, pas une rééducation à la maison

Un enfant dyspraxique ou dysgraphique peut parfaitement aimer dessiner des lettres, utiliser des feutres ou faire de la calligraphie. Son trouble ne lui interdit évidemment pas cette activité.

La question est plutôt : combien lui coûte-t-elle ?

S’il prend plaisir à écrire son prénom avec un gros feutre pendant cinq minutes, sans douleur ni forte fatigue, il n’y a aucune raison d’en faire un problème.

En revanche, s’il faut corriger sa tenue du stylo, recommencer chaque lettre, maintenir son poignet, multiplier les lignes ou lui demander de faire mieux malgré la fatigue, on sort de l’activité créative pour entrer dans un travail du geste.

Dans ce cas, mieux vaut s’appuyer sur les objectifs proposés par les professionnels qui connaissent son profil. La prise en charge du trouble développemental de la coordination est individualisée et peut faire intervenir ergothérapeute, psychomotricien et d’autres professionnels selon les besoins.

Et l’objectif ne sera pas forcément d’obtenir une belle écriture.

Il peut être beaucoup plus utile d’obtenir une écriture suffisamment lisible, rapide et peu fatigante pour quelques lignes, puis de recourir au clavier lorsque la quantité de texte augmente. Notre guide quand passer au clavier en classe ? aide justement à réfléchir à cet équilibre entre apprentissage du geste et compensation.

Que dit la recherche sur la calligraphie et les DYS ?

Il existe un problème lorsque l’on cherche des preuves sur les bénéfices de la calligraphie : la recherche porte principalement sur l’entraînement à l’écriture manuscrite, et très peu sur la calligraphie artistique elle-même.

Il faut donc éviter de mélanger les deux.

Une revue systématique publiée en 2018 a analysé 13 études portant sur des programmes d’apprentissage de l’écriture chez de jeunes enfants. Les interventions amélioraient en moyenne modestement la lisibilité. Les résultats étaient beaucoup moins nets pour la vitesse, et les données insuffisantes pour conclure sur la fluidité. Aucun programme particulier ne se détachait clairement des autres.

Une autre revue consacrée aux interventions sur l’écriture manuscrite avait déjà montré un élément assez logique : les interventions qui permettent d’améliorer l’écriture comportent généralement une pratique réelle et suffisamment répétée de l’écriture elle-même. Travailler uniquement des compétences périphériques ne suffit pas.

Ces résultats concernent l’écriture manuscrite et sa lisibilité, pas le traitement de la dyslexie ou de la dysorthographie.

Dyslexie et dysorthographie : pas de preuve sur la lecture ou l’orthographe

Les données actuelles ne permettent pas d’affirmer que pratiquer la calligraphie améliore durablement la lecture ou l’orthographe.

Son intérêt est donc plutôt à rechercher du côté du rapport à l’écrit : plaisir, création, attention portée aux lettres et possibilité de produire quelque chose de valorisant sans être constamment confronté aux fautes.

Ce bénéfice potentiel est cohérent avec ce que l’on connaît de l’impact scolaire et émotionnel que peuvent avoir les difficultés de lecture, mais il ne faut pas le transformer en promesse thérapeutique.

Dysgraphie et dyspraxie : viser une écriture fonctionnelle

Les difficultés d’écriture sont très fréquentes chez les enfants présentant un trouble développemental de la coordination. Une méta-analyse retrouve des difficultés importantes de vitesse et de lisibilité dans cette population.

Les recherches sur les interventions motrices montrent par ailleurs que les approches centrées directement sur des tâches fonctionnelles sont parmi celles qui donnent les résultats les plus intéressants.

La conclusion est donc assez différente : lorsque le problème est moteur, le travail doit être choisi en fonction de ce que l’enfant a réellement besoin de réussir au quotidien, plutôt que de multiplier des exercices graphiques généraux.

Écrire son cours de manière suffisamment lisible, remplir une fiche, signer son nom ou utiliser efficacement un clavier peuvent être des objectifs plus pertinents que produire une belle écriture.

Comment essayer la calligraphie avec un enfant dyslexique

Lorsque l’enfant ne présente pas de difficulté motrice particulière, la calligraphie peut simplement devenir une activité familiale, au même titre que le dessin.

Pas besoin de plumes compliquées ni de cahiers spécialisés pour commencer.

Un feutre souple ou légèrement biseauté, quelques feuilles et des modèles de lettres suffisamment grands font très bien l’affaire.

Commencer par un projet qui donne envie

Évitez la page remplie de A, puis de B, puis de C.

Choisissez quelque chose que l’enfant aura envie de garder :

  • son prénom ;
  • le nom de son animal ;
  • un personnage qu’il aime ;
  • une pancarte pour sa chambre ;
  • une carte d’anniversaire ;
  • le titre d’un dessin ;
  • une phrase courte qu’il a choisie.

Vous pouvez préparer le texte à l’avance avec la bonne orthographe. L’enfant n’a plus qu’à se concentrer sur la forme.

Limiter les séances à quelques minutes

Une séance peut durer cinq ou dix minutes.

Commencez par quelques grandes vagues, boucles ou traits pour découvrir le feutre. Choisissez ensuite une ou deux lettres et laissez l’enfant essayer.

S’il veut continuer, très bien. S’il en a assez après quatre minutes, l’activité a rempli son rôle.

Le critère de réussite n’est pas le nombre de lignes terminées.

Ne corrigez pas l’orthographe pendant l’activité

Si le projet consiste à calligraphier le mot dinosaure, donnez directement un modèle correctement écrit.

Cela permet à l’enfant de travailler une seule chose à la fois.

Vous pourrez travailler l’orthographe dans un autre contexte. Ici, il peut simplement chercher comment former une lettre, choisir une couleur ou trouver une composition qu’il aime.

Facilitez aussi le support

Certains enfants sont plus à l’aise avec de grandes lettres, des lignes simples ou un repérage visuel plus clair.

Notre comparatif des cahiers et lignages pour enfant DYS permet de tester différents supports sans partir du principe que le traditionnel cahier Seyès convient forcément à tous.

Dysgraphie ou dyspraxie : surveiller la fatigue avant le résultat

Pour un enfant dysgraphique ou dyspraxique, oubliez l’idée d’ajouter automatiquement une séance régulière de calligraphie pour améliorer son écriture.

Observez plutôt ce qui se passe.

Une douleur, une crispation importante, une forte pression sur le stylo, des doigts très tendus, une fatigue rapide ou une dégradation nette de l’écriture au fil des minutes sont des informations plus intéressantes que la beauté du résultat.

Si un professionnel travaille déjà l’écriture avec votre enfant, demandez-lui simplement quelles activités peuvent être reprises à la maison et lesquelles il préfère éviter.

Cela permet aussi d’éviter une situation fréquente : un enfant qui passe déjà énormément d’énergie à écrire à l’école puis retrouve encore des exercices graphiques le soir.

Parfois, la meilleure aide consiste au contraire à économiser cette énergie. Pour les productions longues, l’ordinateur, la prédiction de mots ou la dictée vocale peuvent compléter l’écriture manuscrite. Notre article sur les aménagements scolaires pour les élèves DYS présente les principales possibilités.

Graphothérapie et calligraphie : ne pas confondre les objectifs

La calligraphie peut être une activité intéressante pour certains enfants DYS, mais elle ne remplace pas une prise en charge lorsqu’il existe un véritable trouble de l’écriture.

On trouve aussi des graphothérapeutes, graphopédagogues ou orthographothérapeutes qui proposent un accompagnement autour de l’écriture. Ces appellations ne correspondent pas à des professions de santé réglementées en France. Certains praticiens peuvent avoir une solide expérience pédagogique du geste graphique, mais leur formation privée ne leur permet pas, à elle seule, de diagnostiquer ou de traiter une dysgraphie, une dyslexie ou une dysorthographie.

Pour un enfant dyslexique ou dysorthographique qui souhaite simplement retrouver du plaisir à écrire ou améliorer la présentation de ses textes, un atelier de calligraphie ou un accompagnement pédagogique peut être pertinent.

En revanche, en cas de douleur, grande lenteur, fatigue importante ou suspicion de dysgraphie ou de dyspraxie, mieux vaut d’abord demander l’avis d’un professionnel de santé compétent. Le travail sur l’écriture doit alors tenir compte du trouble et éviter d’ajouter une contrainte supplémentaire.

La calligraphie mérite surtout de rester un espace où l’enfant peut réussir

Pour un enfant dyslexique ou dysorthographique, la calligraphie peut offrir quelque chose de rare : écrire sans que toute l’attention se porte sur les fautes.

Un mot peut devenir une forme, une couleur, une création. Cette expérience peut aider certains enfants à retrouver une relation plus agréable avec l’écriture.

Chez un enfant dysgraphique ou dyspraxique, la question est différente. Le geste graphique peut déjà lui demander beaucoup d’efforts. La calligraphie peut rester un loisir s’il l’apprécie, mais le travail destiné à améliorer son écriture fonctionnelle mérite d’être adapté avec les professionnels qui l’accompagnent.

Dans les deux cas, le plus intéressant n’est peut-être pas d’obtenir la lettre la plus parfaite.

C’est qu’un enfant puisse regarder ce qu’il vient d’écrire et se dire, pour une fois : ça, c’est moi qui l’ai fait, et j’en suis content.

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