
Le Robert vient de lancer Dis-moi Robert, un assistant présenté comme une IA dédiée à la langue française. L’idée est excellente sur le papier : pouvoir poser une question sur un mot, une règle, une conjugaison ou une difficulté de français, avec des réponses appuyées sur les contenus d’un dictionnaire reconnu.
Pour les élèves DYS, dyslexiques ou dysorthographiques, cela aurait pu être très intéressant. Beaucoup d’enfants ne bloquent pas seulement sur l’orthographe. Ils bloquent aussi sur la formulation de la question, la compréhension d’une définition, le vocabulaire abstrait ou les explications trop longues.
Mais après test, le résultat est très décevant.
Dis-moi Robert : rendre le dictionnaire plus simple à consulter

Le point de départ est pertinent. Un dictionnaire classique reste une ressource fiable, mais il n’est pas toujours facile à utiliser pour un enfant en difficulté de lecture ou d’écriture. Il faut chercher le bon mot, lire une définition parfois dense, comprendre les exemples, puis réutiliser l’information.
Un assistant conversationnel pourrait résoudre une partie du problème. On pourrait imaginer demander :
- “Explique ce mot à un enfant de 8 ans.”
- “Donne-moi un exemple simple.”
- “Quelle est la différence entre ces deux mots ?”
- “Explique-moi cette règle sans jargon.”
C’est exactement le type d’usage qui peut aider les profils DYS : réduire la charge de lecture, obtenir une explication plus directe, puis revenir vers la règle ou la définition complète si besoin.
Le problème : un assistant IA trop peu conversationnel
Dans les faits, Dis-moi Robert semble beaucoup plus proche d’un chatbot très cadré que d’un assistant IA moderne. Tant que la question correspond à ce qu’il sait retrouver dans sa base, il répond. Mais dès que la demande devient un peu différente, il renvoie un message d’échec.

Par exemple, à la question “Que signifie dilemme ?”, l’outil donne bien une définition. En revanche, à la question “Peux-tu expliquer à un enfant de 5 ans ce qu’est un dilemme ?”, il répond qu’il n’a pas suffisamment d’informations pour répondre.
C’est justement là que l’outil aurait dû être utile.
Un enfant DYS, un parent ou un enseignant n’a pas seulement besoin d’une définition brute. Il a souvent besoin d’une explication adaptée, plus simple, plus concrète, avec un exemple de la vie quotidienne. Sur ce point, un assistant comme ChatGPT répond beaucoup mieux : il peut expliquer qu’un dilemme, c’est devoir choisir entre deux choses quand les deux choix ont un problème, par exemple garder un bonbon ou le donner à un copain.

Conjugaison : utile, mais seulement avec la bonne formulation
Autre exemple : la conjugaison du verbe avoir au subjonctif. Si on demande “Comment conjuguer le verbe avoir au subjonctif ?”, Dis-moi Robert échoue. Si on précise “au subjonctif présent”, il répond correctement : que j’aie, que tu aies, qu’il ait, que nous ayons, que vous ayez, qu’ils aient.

La réponse est donc possible, mais l’outil demande une formulation très précise. Pour un public DYS, c’est une vraie limite. Un bon assistant devrait justement aider quand la question est imparfaite, incomplète ou formulée avec les mots de l’enfant.
C’est la différence entre un moteur de recherche déguisé en chatbot et une vraie aide conversationnelle.
Pourquoi c’est dommage pour les élèves DYS
Le Robert avait une très bonne idée : créer une IA générative reliée à une base fiable pour limiter les hallucinations. C’est exactement ce qu’il faudrait dans le domaine scolaire : une réponse simple, mais vérifiable ; une explication adaptée, mais basée sur une source solide.
Le problème, c’est que la sécurité semble avoir pris toute la place. L’outil n’hallucine pas, mais il ne répond pas dès que l’on s’écarte un peu du chemin prévu. Pour éviter les mauvaises réponses, il finit par refuser des demandes pourtant très simples.
À l’inverse, des outils comme ChatGPT, Antidote ou MerciApp ont mieux compris certains usages réels : corriger, reformuler, expliquer, donner des exemples, accompagner l’utilisateur dans son raisonnement. Ils ne sont pas parfaits, et il faut garder un esprit critique, mais ils rendent davantage service au quotidien.
Pour approfondir, Dysclick propose déjà un comparatif des assistants IA utiles pour les personnes DYS et un guide pour corriger un texte avec ChatGPT sans perdre le sens.
Faut-il utiliser Dis-moi Robert pour aider en français ?
En l’état, je ne recommande pas l’utilisation de Dis-moi Robert comme assistant IA pour aider un enfant DYS, un élève en difficulté ou un adulte qui cherche une vraie aide à la compréhension du français.
L’idée de départ est pourtant très bonne : s’appuyer sur une référence fiable comme Le Robert pour limiter les erreurs et les hallucinations des IA génératives. Mais dans les faits, l’outil répond trop peu dès que la question sort d’un cadre très précis. Il peut donner une définition ou une conjugaison simple, mais il n’aide pas vraiment à reformuler, expliquer simplement, adapter au niveau de l’enfant ou accompagner une difficulté réelle.
Il faut bien distinguer les produits. Le dictionnaire Le Robert reste une référence utile pour vérifier un mot, une définition, une prononciation ou un usage. Le correcteur Robert peut aussi garder un intérêt selon les besoins. Mais leur assistant IA, lui, n’est pas encore au niveau attendu pour un usage quotidien, surtout pour les profils DYS qui ont besoin d’explications souples, claires et adaptées.
Mon avis est donc simple : gardez Le Robert comme dictionnaire ou outil de vérification, mais évitez pour l’instant Dis-moi Robert comme assistant IA principal. Pour expliquer, reformuler, donner des exemples ou accompagner une difficulté de compréhension, une IA plus ouverte et mieux maîtrisée reste aujourd’hui beaucoup plus efficace..
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