Quand on parle de troubles du neurodéveloppement, on pense vite à la dyslexie, au TDAH ou à l’autisme. On pense beaucoup moins à l’épilepsie. C’est justement ce point aveugle que vient corriger le nouveau guide public Épilepsies et troubles du neurodéveloppement : comprendre et agir, mis en ligne par la Délégation interministérielle à la stratégie nationale pour les TND à l’occasion de la Journée internationale de l’épilepsie. Et, pour une fois, le document ne sert pas juste à faire joli dans un coin d’institution : il pose des repères utiles pour les familles, les professionnels et toutes les personnes concernées. Le texte s’inscrit aussi dans un cadre plus large, celui du Plan National 2023.2027: Autisme, Dys, TDAH, TDI, qui cherche justement à mieux coordonner repérage, accompagnement et parcours.
Pourquoi le guide officiel épilepsie et TND est utile
La vraie nouveauté de ce guide, ce n’est pas de découvrir que l’épilepsie existe. Ce serait un peu tard. Ce qu’il apporte, c’est une reconnaissance claire d’un fait encore trop mal intégré sur le terrain : les épilepsies et les troubles du neurodéveloppement se croisent souvent, et quand ils coexistent, les risques de retard de diagnostic, de ruptures de parcours, de difficultés scolaires et de vulnérabilités sociales augmentent nettement. Le communiqué officiel insiste sur ce point, et le livret le développe en rappelant que ces situations doivent être pensées de manière globale, et non en petits morceaux séparés entre neurologie, école, médico-social et vie familiale.
Le texte s’inscrit aussi dans la stratégie nationale 2023-2027 pour les troubles du neurodéveloppement. Il ne vise pas seulement les médecins. Il s’adresse aussi aux proches, aux aidants, aux professionnels de l’éducation et au grand public. C’est une bonne chose, parce qu’un enfant ne vit pas dans un cabinet de consultation. Il vit à l’école, à la maison, dans les transports, en centre de loisirs, en stage, dans le regard des autres. Et quand une crise ou une suspicion de crise survient, ce sont souvent les adultes du quotidien qui se retrouvent en première ligne.
Ce que le guide explique sur l’épilepsie

Le guide commence par remettre un peu d’ordre dans les idées reçues. D’abord, il rappelle que l’épilepsie est une maladie neurologique chronique liée à une activité électrique anormale du cerveau. Les crises peuvent survenir de jour comme de nuit, et elles ne se résument pas aux formes spectaculaires avec convulsions. Une crise peut aussi se manifester par une rupture de contact, des mouvements répétés limités à une partie du corps, des sensations étranges, des signes végétatifs ou des manifestations psychiques. Dit autrement : une crise peut passer sous les radars, surtout chez un enfant déjà repéré pour un TND.
Le guide rappelle aussi quelques repères simples mais précieux. L’épilepsie correspond à la troisième maladie neurologique la plus fréquente. Le document évoque plus de 50 millions de personnes concernées dans le monde et environ 685 000 personnes traitées en France, soit près de 1 % de la population générale. Il précise aussi que les épilepsies focales représentent environ 60 % des cas, les formes généralisées environ 30 %, et qu’une partie reste de type indéterminé. Ce sont des chiffres utiles, parce qu’ils cassent une vieille illusion : non, l’épilepsie n’est pas un sujet rare qu’on peut laisser au fond du tiroir des cas compliqués.
Autre point bien expliqué : le diagnostic n’est pas toujours simple. Le livret insiste sur l’importance de décrire précisément l’épisode suspect, et, si possible, de le filmer pour aider le professionnel de santé. Ensuite peuvent venir les examens complémentaires, comme l’électroencéphalogramme, appelé EEG, ou une imagerie cérébrale de type scanner ou IRM. Là encore, le message est utile pour les familles : il faut sortir de l’idée qu’une crise se reconnaît forcément immédiatement. Parfois, elle est brève, atypique, discrète, et elle ressemble à autre chose.
Ce qu’il faut savoir en cas de crise d’épilepsie
Le chapitre sur la conduite à tenir mérite presque d’être affiché sur le frigo, ou au moins gravé quelque part dans la tête. Le guide indique que la plupart des crises sont courtes et s’arrêtent spontanément. En cas de perte de connaissance avec raideur ou convulsions, il faut avant tout sécuriser la personne, ne rien mettre dans sa bouche, rester à côté, surveiller l’évolution, puis la placer en position latérale de sécurité une fois les mouvements terminés. En revanche, une crise prolongée de plus de cinq minutes, ou des crises répétées sans reprise de conscience, correspondent à une urgence qui impose d’appeler les secours si aucun traitement d’urgence prescrit n’a permis l’arrêt de la crise.
Ce passage a une vraie utilité sociale. L’épilepsie reste encore entourée de croyances absurdes qui ont la peau dure. Le guide démonte plusieurs de ces mythes, par exemple l’idée que l’épilepsie serait une maladie mentale, qu’on pourrait avaler sa langue pendant une crise, ou encore qu’elle serait contagieuse. Non, non et non. Le genre de folklore médical qu’on devrait avoir enterré depuis longtemps, avec une pelle et un manuel de premiers secours.
Quels liens entre épilepsie et troubles du neurodéveloppement

Le cœur du guide est là. Il explique que les liens entre épilepsie et troubles du neurodéveloppement sont fréquents, profonds et complexes. Selon le document, plusieurs mécanismes peuvent être en jeu : une origine génétique commune, une lésion cérébrale à l’origine des deux situations, ou encore une perturbation du neurodéveloppement liée à la répétition des crises. Le message à retenir est simple : face à une épilepsie, il faut penser TND. Et face à des manifestations nouvelles, une régression ou un changement inhabituel chez une personne avec TND, il faut aussi penser à une éventuelle épilepsie.
Le guide donne aussi des repères plus précis. Il cite des données montrant un risque accru d’épilepsie chez les personnes avec trouble du spectre de l’autisme, ainsi qu’une forte intrication avec le trouble du développement intellectuel dans certaines situations. Il rapporte également une association importante entre TDAH et épilepsie : les enfants avec épilepsie auraient un risque de TDAH trois à cinq fois plus élevé que dans la population générale, et les personnes avec TDAH un risque environ quatre fois plus élevé de présenter une épilepsie. Le document précise que la recherche n’a pas encore tout élucidé, mais que la coexistence de ces troubles n’a rien d’anecdotique.
C’est un point très fort du livret : il refuse le raisonnement en silos. Trop souvent, un enfant est suivi d’un côté pour ses crises, de l’autre pour son attention, de l’autre pour le langage, et tout le monde avance chacun dans son couloir comme si le cerveau avait lui-même organisé les rendez-vous par spécialité. Le guide dit l’inverse : il faut une évaluation globale, une coopération étroite entre professionnels, et un accompagnement individualisé tout au long du parcours. La Haute Autorité de santé va dans le même sens avec ses guides de parcours publiés en 2023 sur l’enfant et l’adulte avec épilepsie, pensés pour clarifier les rôles et favoriser un suivi coordonné.
Pour les lecteurs qui veulent reprendre les bases sur ces profils, notre article TND, autisme, TDAH, DYS : mieux comprendre son enfant permet de mieux situer les troubles concernés et leurs recouvrements possibles.
Ce que cela change pour les familles
Pour les familles, ce guide peut jouer un rôle assez concret. D’abord, il donne des mots et des repères. Et dans ces sujets-là, mettre un mot juste sur ce qui se passe, c’est déjà réduire un peu le chaos. Il aide à mieux repérer des signes qui ne ressemblent pas forcément à l’image classique de la crise, à comprendre pourquoi certains apprentissages peuvent être bousculés, et à voir que la question n’est pas seulement médicale. Le guide parle aussi des conséquences cognitives, psychologiques, sociales, scolaires, professionnelles et de sécurité qui peuvent accompagner l’épilepsie. On sort donc du réflexe minimaliste qui consiste à se demander uniquement si les crises sont contrôlées.
Il rappelle aussi que les traitements anti-crises permettent à environ 70 % des personnes concernées de ne plus faire de crise, tandis qu’environ 30 % continuent à en présenter malgré un traitement adapté. Lorsque deux essais de traitements bien conduits échouent, on parle de pharmacorésistance. Le livret mentionne alors d’autres pistes possibles selon les situations, comme la neurochirurgie, la stimulation du nerf vague ou certains régimes spécifiques. Là encore, le mérite du guide n’est pas de promettre des miracles. Il remet les choses à leur place : il existe des options, mais elles doivent être pensées dans une logique de parcours, pas comme une série de cases isolées.
Ce que l’épilepsie change pour les familles au quotidien
Pour Dysclick, c’est probablement le chapitre le plus sensible. Le guide rappelle que l’épilepsie a des répercussions possibles sur la scolarité à travers la fatigue, les troubles attentionnels, l’absentéisme, le risque de stigmatisation ou même de harcèlement. Il précise aussi que l’épilepsie constitue la deuxième cause de PAI, c’est-à-dire de projet d’accueil individualisé, à l’école. Ce n’est pas un détail administratif. Cela veut dire que, dans bien des cas, la question scolaire ne peut pas être traitée à la marge. Elle doit être anticipée, coordonnée et expliquée clairement aux adultes qui accompagnent l’enfant.
C’est aussi là que ce guide rejoint des préoccupations très concrètes des familles TND. Quand un enfant cumule un TDAH, un trouble dys, un trouble du langage ou de l’autisme avec une épilepsie, on n’a pas besoin d’un discours vague sur la résilience. On a besoin d’un cadre lisible, de consignes claires, d’adaptations cohérentes et de professionnels capables de se parler. Le texte d’Étienne Pot va d’ailleurs droit au but : le contrôle des crises ne suffit pas s’il ne s’accompagne pas d’un soutien aux apprentissages, à la communication, à la socialisation, à la santé psychique et à l’autodétermination. C’est probablement la phrase la plus importante de tout le document.
Quand la question scolaire se pose, il faut souvent articuler prévention, sécurité et adaptations concrètes. On en parle plus en détail dans Aménagements scolaires DYS : loi, PAP, PPS, MDPH, puis dans PAP, PPS, MDPH… le glossaire DYS des parents pour décoder les sigles sans perdre un demi-point de vie à chaque réunion.
Ce que Dysclick retient de ce guide officiel
Mon avis est simple. Ce guide ne change pas tout, mais il fait quelque chose de précieux : il officialise un regard plus réaliste sur des situations que les familles vivent déjà, souvent dans la fatigue et la dispersion. Il rappelle que l’épilepsie n’est pas un sujet à part, réservé aux neurologues. Elle peut peser sur l’attention, les apprentissages, la mémoire, la sécurité, l’organisation familiale, la santé mentale et la vie sociale. Et quand elle se combine à un TND, il faut penser compensation, coordination et continuité. Pas bricolage au cas par cas avec trois mails et beaucoup de chance.
En clair, ce livret mérite d’être lu par les familles concernées, mais aussi par les enseignants, AESH, professionnels du médico-social et soignants qui accompagnent les enfants et les adultes TND. Pas comme un document théorique de plus. Comme une base commune pour mieux comprendre, mieux repérer, mieux réagir et mieux articuler les accompagnements. Et ça, franchement, ce n’est déjà pas rien.
Et comme aucun parcours ne tient debout sans adultes qui se parlent vraiment, tu peux aussi consulter Troubles DYS : qui peut aider votre enfant ?, un article utile pour mieux comprendre le rôle de chaque professionnel autour de l’enfant.
Pour aller plus loin sur Dysclick
Ce guide ne tombe pas du ciel. Il s’inscrit dans un cadre plus large, celui de la stratégie publique autour des troubles du neurodéveloppement. Pour mieux comprendre ce contexte, tu peux lire aussi Plan National 2023.2027: Autisme, Dys, TDAH, TDI, qui résume les grandes orientations annoncées pour les prochaines années.
Pour les lecteurs qui veulent reprendre les bases sur les profils concernés avant d’entrer dans la question épilepsie plus en détail, un bon point d’entrée reste TND, autisme, TDAH, DYS : mieux comprendre son enfant. Cela permet de replacer le guide dans un ensemble plus lisible, au lieu de traiter chaque difficulté comme un sujet isolé.
Comme la question scolaire revient très vite dès qu’il est question d’épilepsie, de fatigue, d’attention ou de sécurité en classe, tu peux aussi renvoyer vers Aménagements scolaires DYS : loi, PAP, PPS, MDPH. Et si les sigles finissent, comme souvent, par transformer une réunion en soupe alphabétique, le relais naturel est PAP, PPS, MDPH… le glossaire DYS des parents.
Enfin, comme le guide insiste sur la coordination entre santé, école et entourage, il est pertinent de prolonger la lecture avec Troubles DYS : qui peut aider votre enfant ?. Cet article aide à comprendre qui fait quoi dans le parcours, et pourquoi un accompagnement cohérent vaut mieux qu’une collection de rendez-vous qui ne se parlent jamais.
Sources officielles
- Communiqué officiel de la Délégation interministérielle TND publié le 9 février 2026
- guide public Épilepsies et troubles du neurodéveloppement : comprendre et agir.
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