
Il suffit aujourd’hui de publier quelques exemples de manifestations du TDAH pour voir apparaître les mêmes réactions :
- Tous les enfants font ça.
- Encore une nouvelle maladie.
- C’est TikTok.
- C’est à cause des écrans.
- C’est juste un manque d’éducation.
Ces réactions sont souvent blessantes pour les personnes qui vivent réellement avec un trouble déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité. Mais il serait également trop simple de répondre que tout est faux.
Car deux réalités peuvent coexister :
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement bien documenté scientifiquement. Mais le TDAH est aussi devenu, ces dernières années, un sujet extrêmement populaire sur Internet et les réseaux sociaux.
Et cette popularité a ses bons côtés, mais aussi ses dérives.
le TDAH n’a pas été inventé par TikTok mais médiatisé par tiktok
Commençons par le plus important.
Le TDAH est reconnu comme un trouble du neurodéveloppement, au même titre que d’autres TND. La Haute Autorité de Santé estime sa prévalence autour de 5 % chez les enfants et adolescents.
Et contrairement à ce que l’on peut parfois lire, le trouble n’est pas apparu avec les smartphones.
L’Inserm rappelle que des descriptions médicales correspondant au TDAH existent depuis la fin du XVIIIe siècle, bien avant Internet, la télévision ou les jeux vidéo.
Les manifestations peuvent associer de l’inattention, de la distractibilité, de l’impulsivité et parfois de l’hyperactivité. Pour parler de TDAH, il ne suffit cependant pas qu’un enfant soit parfois distrait ou agité.
Les difficultés doivent notamment être durables, apparaître dans plusieurs contextes et provoquer un véritable retentissement dans la vie scolaire, familiale ou sociale.
C’est une nuance fondamentale.
Pourquoi le TDAH est-il devenu beaucoup plus visible depuis 2022 ?
Regardons maintenant les recherches effectuées en France sur Google depuis 2004.

Source des données : Google Trends. France, de 2004 à septembre 2026. Comparaison des termes de recherche TDAH, DYS et dyslexie.
À partir de 2022, les recherches sur le TDAH explosent, alors que celles sur DYS et dyslexie restent relativement stables. La rupture apparaît pendant le Covid, au moment où des acteurs comme Done Global investissent massivement dans la publicité et les contenus TDAH sur les réseaux sociaux, avant que l’affaire n’éclate publiquement en 2024.
Cet écart ne s’explique pas par la fréquence des troubles. Le TDAH concerne environ 5 % des enfants et adolescents, un ordre de grandeur comparable à celui de la dyslexie et des autres troubles spécifiques des apprentissages.
Pourtant, en 2026, les recherches Google sur le TDAH atteignent par moments près de 10 fois celles sur DYS. Le décalage entre fréquence réelle et intérêt du public est donc massif.
Ce graphique met en évidence une survisibilité du TDAH, alimentée par les réseaux sociaux, les témoignages, les diagnostics tardifs et la multiplication des contenus consacrés au sujet.
Google Trends mesure l’intérêt pour un terme de recherche, pas le nombre de personnes concernées. Il faut aussi rappeler que les recherches sur les DYS sont réparties entre dyslexie, dyspraxie, dyscalculie, dysorthographie ou dysgraphie.
Le message du graphique reste clair : le TDAH occupe aujourd’hui une place dans l’espace numérique sans rapport avec sa seule prévalence dans la population.
Pourquoi ?
Plusieurs phénomènes se cumulent : meilleure information, médiatisation croissante, témoignages de personnes diagnostiquées tardivement, meilleure reconnaissance de certains profils, mais aussi poids des réseaux sociaux et multiplication des contenus viraux consacrés au TDAH.
TikTok à transformer le TDAH en tendance
C’est probablement ici que certaines critiques touchent un problème réel.
Sur TikTok, Instagram ou YouTube Shorts, les vidéos du type :
- 5 signes que tu as un TDAH
- Si tu fais ça, tu es peut-être TDAH
- Les choses que je pensais normales avant mon diagnostic
peuvent accumuler des millions de vues. Ces contenus ont un intérêt réel.

Une personne en difficulté depuis des années peut découvrir que ses problèmes ont peut-être une explication et décider d’en parler à un professionnel. Les réseaux sociaux ont aussi permis de donner la parole aux personnes directement concernées et de rendre certains troubles beaucoup plus visibles.
Mais le format a une faiblesse majeure : pour devenir viral, il faut être immédiatement reconnaissable.
Or beaucoup de manifestations évoquées dans ces vidéos sont aussi des expériences humaines très ordinaires.
- Oublier pourquoi on vient d’entrer dans une pièce.
- Repousser une tâche pénible.
- Être désorganisé.
- Perdre ses clés.
- Avoir du mal à écouter une conversation ennuyeuse.
- Commencer plusieurs choses à la fois.
Des personnes avec un TDAH peuvent effectivement rencontrer ces difficultés. Mais elles ne deviennent pas automatiquement des symptômes de TDAH.
50% des vidéos TikTok contiennent des informations trompeuses

Le problème n’est pas seulement théorique.
En 2022, des chercheurs ont analysé les 100 vidéos TikTok sur le TDAH les plus populaires de leur échantillon.
Ils ont classé :
52 % comme trompeuses,
27 % comme témoignages personnels,
et seulement 21 % comme réellement utiles sur le plan de l’information médicale. PubMed
Une revue systématique publiée en 2026 a ensuite analysé cinq études consacrées aux contenus TDAH sur TikTok.
Selon les études et leurs méthodes, 48,7 à 92 % des vidéos populaires étudiées contenaient des informations considérées comme trompeuses. Les auteurs relèvent notamment une tendance à attribuer au TDAH des comportements qui peuvent aussi être parfaitement ordinaires. Tandfonline
Une autre étude consacrée au hashtag #ADHDtest arrive à 92 % de vidéos trompeuses. PubMed
Ces chiffres doivent eux-mêmes être interprétés avec prudence. Les chercheurs étudient des échantillons de vidéos particulièrement populaires. Cela ne signifie pas que 50, 70 ou 90 % de tout ce qui est publié sur TikTok au sujet du TDAH est faux.
Mais cela confirme un problème : le contenu le plus visible n’est pas nécessairement le plus fiable.
Tous les enfants sont parfois distraits : pourquoi ce n’est pas forcément un TDAH

C’est probablement l’objection qui revient le plus souvent.
Un enfant TDAH oublie sa consigne ?
Tous les enfants oublient parfois une consigne.
Il se lève pendant un cours ?
Beaucoup d’enfants ont envie de bouger.
Il répond avant la fin de la question ?
Cela arrive aussi aux enfants sans TDAH.
Et c’est vrai.
Le problème vient de la conclusion que l’on en tire.
Avoir mal à la tête ne signifie pas avoir une migraine chronique. Être triste ne signifie pas souffrir d’une dépression.
De la même manière, présenter occasionnellement un comportement associé au TDAH ne signifie pas avoir un TDAH.
Le diagnostic s’intéresse notamment à l’intensité, la fréquence, la durée, l’âge de l’enfant, les différents environnements dans lesquels les difficultés apparaissent et leur retentissement réel.
C’est précisément pour cela qu’une infographie ou une vidéo de trente secondes ne permet pas de diagnostiquer un enfant.
Peut-il quand même y avoir des diagnostics du TDAH par excès ?
Oui.
Reconnaître l’existence du TDAH ne signifie pas considérer chaque diagnostic comme infaillible.
Une étude française EPI-PHARE particulièrement intéressante a suivi plus de 4,7 millions d’enfants.
À niveau scolaire identique, les enfants nés en décembre avaient 55 % de risque supplémentaire de commencer un traitement par méthylphénidate par rapport aux enfants nés en janvier de la même année. L’Assurance Maladie
Pourquoi ?
À six ou sept ans, onze mois de différence représentent une différence importante de maturation.
Les auteurs évoquent donc l’hypothèse d’un biais lié à l’âge relatif : certains comportements d’un enfant simplement plus jeune que ses camarades peuvent être interprétés comme pathologiques. Inversement, certains enfants plus âgés pourraient également être moins facilement repérés. L’Assurance Maladie
C’est important parce que cela montre qu’on peut tenir deux idées en même temps :
Le TDAH peut être insuffisamment repéré chez certaines personnes et diagnostiqué par excès dans certaines situations.
Par exemple, la HAS souligne parallèlement que les filles peuvent être moins facilement identifiées, notamment parce que les formes avec prédominance inattentive sont moins visibles. Haute Autorité de Santé
La réalité est donc beaucoup plus subtile que sous-diagnostic ou surdiagnostic.
Les écrans peuvent-ils provoquer un TDAH ?
Là encore, il faut distinguer corrélation et causalité.
Selon l’Inserm, le TDAH n’est pas une conséquence de l’exposition des enfants aux écrans. Inserm
Cela ne signifie pas que l’utilisation des écrans soit sans importance dans la vie d’un enfant.
Mais constater qu’un enfant très exposé aux écrans présente des difficultés d’attention ne suffit pas à montrer que les écrans lui ont donné un TDAH.
Surtout, le TDAH existait bien avant les smartphones, les tablettes et TikTok.
L’explication actuelle fait intervenir plusieurs facteurs, notamment génétiques et environnementaux, dans le développement du cerveau. Inserm
L’Industrie du médicament à créer des millions de TDAH

C’est un sujet qu’il serait également dangereux de balayer d’un revers de main.
Car des dérives commerciales autour du TDAH existe réellement .
L’affaire américaine Done Global est particulièrement édifiante. Done Global est une entreprise américaine de santé numérique proposant notamment diagnostic, consultations et prescriptions à distance pour le TDAH.
Pendant la période liée au Covid-19, l’entreprise a massivement développé son activité. Selon le Ministère de la Justice, Done et ses dirigeants ont dépensé plus de 40 millions de dollars en publicités sur les réseaux sociaux, notamment pour convaincre des personnes perturbées par la perte de structure pendant la pandémie qu’elles pouvaient souffrir d’un TDAH.
L’affaire est allée beaucoup plus loin qu’un marketing agressif.
En juillet 2026, la fondatrice de Done Global a été condamnée à six ans de prison. Le ministère américain de la Justice indique que le dispositif avait contribué à la distribution illégale de plus de 37 millions de comprimés d’Adderall, ainsi qu’à une fraude massive aux assurances.
Cet exemple montre quelque chose d’important.
Oui, la popularité du TDAH peut attirer des acteurs économiques qui ont intérêt à multiplier les diagnostics ou les traitements.
Mais cela ne démontre évidemment pas que le TDAH lui-même est inventé.
Une fraude à l’assurance autour du diabète ne rendrait pas le diabète imaginaire.
La France n’a pas été épargnée par la vague TDAH
L’affaire Done Global est américaine, et l’Adderall n’est pas le traitement utilisé en France. le traitement médicamenteux en france repose principalement sur le méthylphénidate, dans un cadre de prescription beaucoup plus encadré Mais le phénomène qui l’accompagne dépasse largement le médicament.
Ces contenus et les tendances autour du TDAH ont circulé bien au-delà des États-Unis, y compris en France. Et leur qualité pose un problème réel . En revanche, aucune étude sérieuse ne permet aujourd’hui de chiffrer combien de faux diagnostics cette vague a produits en France. Parler de centaines de milliers ou de millions de personnes manipulées serait donc impossible à démontrer mais fort probable .
La France dispose d’un système de prescription différent, mais elle n’a pas vécu dans une bulle informationnelle. La médiatisation massive du TDAH, les contenus viraux et l’auto-diagnostic constituent bien un effet collatéral de cette période.
Alors, le TDAH est-il vraiment un effet de mode ?
La réponse dépend finalement de ce que l’on appelle mode.
Le trouble lui-même : non.
Il est documenté depuis longtemps, reconnu internationalement et associé à un retentissement réel chez certaines personnes.
L’intérêt médiatique pour le TDAH : oui, clairement.
Les recherches Google ont explosé ces dernières années. TikTok, Instagram et les témoignages personnels ont considérablement augmenté sa visibilité.
Les contenus approximatifs et les autodiagnostics : ils existent également.
Une vidéo dans laquelle on se reconnaît peut être le début d’une interrogation. Elle ne constitue pas un diagnostic.
Les dérives commerciales : elles ne sont pas imaginaires non plus.
L’affaire Done Global en fournit un exemple spectaculaire aux États-Unis.
Et les erreurs diagnostiques restent possibles, comme pour n’importe quel trouble médical.
Reconnaître tout cela ne fragilise pas la réalité du TDAH.
Au contraire.
Cela permet de sortir d’un débat stérile entre deux positions extrêmes :
Tout le monde est devenu TDAH.
et
Toute critique de la médiatisation du TDAH serait forcément du déni.
Comment savoir si les difficultés d’un enfant méritent d’être explorées ?
Un comportement isolé n’est pas suffisant.
Ce qui doit davantage attirer l’attention est la combinaison de plusieurs éléments : des difficultés importantes par rapport à l’âge de l’enfant, persistantes dans le temps, présentes dans plusieurs environnements et qui ont un véritable impact sur sa scolarité, ses relations, son autonomie ou sa vie familiale.
Dans ce cas, l’objectif n’est pas de poser soi-même une étiquette.
Il est d’en parler avec un professionnel capable d’évaluer l’ensemble de la situation et également d’envisager d’autres explications possibles.
Pour comprendre plus précisément les manifestations, le diagnostic et les différentes possibilités d’accompagnement, vous pouvez consulter notre guide complet : https://dysclick.fr/tdah-trouble-de-lattention-avec-ou-sans-hyperactivite/
Mieux informer plutôt que nier ou surdiagnostiquer
La forte progression des recherches autour du TDAH n’est finalement ni une preuve que le trouble explose, ni une raison de considérer que le phénomène n’existe pas.
Elle montre surtout une chose : nous parlons beaucoup plus du TDAH qu’avant.
C’est une opportunité.
Des enfants et des adultes qui étaient auparavant considérés comme paresseux, ingérables, étourdis ou mal élevés peuvent aujourd’hui mieux comprendre leurs difficultés.
Mais cette visibilité crée aussi une responsabilité.
Nous devons éviter de transformer chaque oubli, chaque retard ou chaque moment d’agitation en symptôme.
Le meilleur moyen de lutter contre les deux excès, le déni du TDAH comme sa banalisation, reste finalement le même : mieux expliquer ce qu’est réellement ce trouble.
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