Le RAPO ( Recours Administratif Préalable Obligatoire ) est l’étape quasi incontournable pour contester une décision MDPH / CDAPH : il permet de demander un réexamen de la décision, en apportant des éléments plus complets ou corrigés. La notification que vous recevez doit indiquer les voies/délais, et le recours doit être envoyé de façon à prouver la date (recommandé avec accusé réception). Sans réponse dans les 2 mois, le recours est réputé rejeté et vous pouvez alors envisager la voie contentieuse devant la juridiction compétente. Si vous êtes encore au stade de constitution ou de compréhension du dossier, vous pouvez d’abord relire notre guide Réussir son Dossier MDPH pour enfant DYS, qui aide à voir d’où viennent les blocages les plus fréquents.
Comprendre le RAPO quand on est parent d’un enfant DYS

Quand une décision ne correspond pas aux besoins réels de votre enfant (ex. absence d’aide humaine, volume insuffisant, refus d’un dispositif, orientation inadaptée, etc.), le RAPO sert à reformuler clairement la demande et à documenter l’impact fonctionnel (fatigue, lenteur, erreurs, perte d’autonomie, retentissement sur les apprentissages). C’est cohérent avec la logique générale des démarches MDPH : la décision est prise au regard d’un dossier et peut être réévaluée si le dossier est clarifié/complété. Si vous avez encore un doute sur la place du PAP, du PPS et du dossier MDPH dans le parcours scolaire, relisez aussi Aménagements scolaires DYS : loi, PAP, PPS, MDPH.
Point important : la notification doit mentionner les voies et délais de recours et rappeler le droit à la conciliation avant l’engagement d’un recours préalable. Autrement dit, votre notification n’est pas juste “un verdict”, c’est aussi un document procédural. Si les sigles vous noient, gardez sous la main le glossaire DYS des parents pour retrouver rapidement les termes utiles.
Délais, effets et qui juge quoi
Le cadre juridique est simple sur le papier, mais il faut être rigoureux sur trois points : où envoyer, dans quel délai, et quel juge saisir ensuite.
- Le RAPO s’adresse à la MDPH, pas au tribunal. Il faut l’envoyer par un moyen qui donne une date certaine : recommandé avec accusé de réception, dépôt contre récépissé, ou téléservice si votre MDPH le permet.
- Il faut joindre au minimum la décision contestée. Si la décision initiale était implicite, joignez plutôt l’accusé de réception de la demande qui a fait naître cette décision implicite.
- La lettre peut rester simple, mais elle doit viser la bonne décision, expliquer ce qui a été mal compris, et joindre les pièces utiles.
- Sans réponse pendant 2 mois après l’envoi du RAPO, il y a rejet implicite. Juridiquement, vous pouvez alors passer à l’étape suivante.
- Après un rejet explicite ou implicite du RAPO, vous avez en principe 2 mois pour saisir la juridiction compétente, à condition que les voies et délais de recours aient bien été mentionnés.
Pour un enfant ou un adolescent, les litiges sur la scolarisation, l’orientation, l’AESH, le PPS, certaines aides et mesures de compensation relèvent le plus souvent du pôle social du tribunal judiciaire spécialement désigné. Pour certaines décisions concernant surtout les adultes dans le champ du travail adapté ou protégé, de la rééducation professionnelle ou de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, on bascule vers la juridiction administrative.
Exception d’effet suspensif
En principe, le RAPO ne suspend pas la décision. La décision continue donc à s’appliquer pendant que le recours est examiné.
L’exception importante concerne les décisions par lesquelles la CDAPH désigne un établissement, un service ou un dispositif correspondant aux besoins de la personne handicapée. Dans ce cas précis, quand le recours est formé par la personne handicapée ou son représentant légal, l’effet suspensif est prévu par les textes.
Attention : la conciliation peut suspendre le délai pour former le RAPO. En revanche, elle ne suspend pas à elle seule les effets de la décision contestée.
Avant d’écrire le RAPO : demander le PPC et les motifs précis
Un très bon réflexe consiste à demander ou relire le PPC, c’est-à-dire le plan personnalisé de compensation, quand il existe. C’est souvent là que l’on comprend ce que l’équipe pluridisciplinaire a retenu, minimisé, ou oublié. Vous pouvez aussi demander les motifs précis d’une décision implicite ou d’une motivation trop vague.
Concrètement, cela permet de sortir du brouillard. Vous ne contestez plus une impression générale. Vous répondez point par point à une analyse. Pour faire ce travail proprement, il est utile de relire Réussir son Dossier MDPH pour enfant DYS, puis Questionnaire complémentaire MDPH pour DYS si vous avez besoin de mieux décrire le retentissement concret, et enfin Aménagements scolaires DYS : loi, PAP, PPS, MDPH si le litige porte surtout sur l’école.
Dans un RAPO scolaire, le plus utile n’est pas d’empiler les diagnostics. Le plus utile est de montrer :
- ce qui a été tenté,
- ce qui ne fonctionne pas ou plus,
- ce que cela empêche concrètement en classe, à la maison et dans les devoirs,
- et quelle mesure précise vous demandez en face.
Autrement dit, un bon RAPO ressemble moins à une accumulation de papiers qu’à un dossier cohérent. Si vous devez remettre en ordre les bilans, les comptes rendus et les interlocuteurs, vous pouvez aussi vous appuyer sur Parcours de santé d’un enfant DYS : les étapes clés et sur Troubles DYS : qui peut aider votre enfant ? pour clarifier qui produit quoi et pourquoi.
Procédure du RAPO MDPH pas à pas

- Lire la notification comme un document “technique” : identifiez précisément ce qui a été accordé/refusé, la date, et la rubrique “voies et délais de recours”.
- Choisir votre voie amiable : Conciliation si vous avez besoin d’explications et de clarifier le dossier (attention au temps) ; elle peut suspendre le délai du recours préalable. RAPO si vous voulez un réexamen formel (le plus fréquent).
- Assembler les éléments probants (pas “plus de papier”, mais “meilleur papier”) : GEVA-Sco récent, bilans, attestations d’école, aménagements déjà tentés et leurs limites. Si besoin, reprenez votre méthode de constitution du dossier avec ce guide MDPH pour vérifier qu’il ne manque pas une pièce structurante.
- Rédiger la lettre : objectif → faits → éléments non pris en compte → demande précise → liste des pièces.
- Envoyer avec date certaine et garder : copie intégrale, AR/récépissé, liste des pièces.
- Tracer l’échéance J+2 mois : si vous n’avez rien, vous considérez le rejet implicite et vous préparez l’étape suivante.
Tableau pratique : options, acteurs, délais et pièces
| Option | À quoi ça sert | Acteurs clés | Délais à retenir | Pièces usuelles |
|---|---|---|---|---|
| Conciliation | Obtenir explications, clarifier, parfois éviter l’escalade | MDPH + personne qualifiée, parents | Peut suspendre le délai du recours préalable | Notification, éléments complémentaires |
| RAPO | Demander un réexamen formel de la décision | Parents → MDPH → CDAPH | Envoyer avec date certaine ; silence 2 mois = rejet | Lettre motivée + copie décision + éléments probants |
| Contentieux | Demander à un juge de trancher | Tribunal judiciaire (souvent pour enfant) ou administratif selon la décision | Délais indiqués sur la décision ; en pratique, souvent 2 mois après rejet | Dossier complet + preuve du RAPO/AR + décision de rejet |
Modèle de lettre RAPO pour les parents d’enfant DYS
Objet : Recours administratif préalable obligatoire (RAPO) — contestation de la décision CDAPH du [date] — enfant mineur
Madame, Monsieur,
Je soussigné(e) [Nom Prénom], représentant légal de [Prénom NOM / initiales], né(e) le [date], vous adresse un recours administratif préalable obligatoire contre la décision CDAPH notifiée le [date], référence [n° de dossier / n° notification], concernant :
- [ex. refus d’AESH / quotité insuffisante / absence de matériel pédagogique / orientation].
1) Ce que je demande
Je sollicite le réexamen de cette décision et l’attribution de :
- [Demande 1 : formulation précise]
- [Demande 2 : formulation précise]
2) Pourquoi je conteste
La décision ne prend pas (ou pas suffisamment) en compte :
- [Élément A : difficulté fonctionnelle observable en classe]
- [Élément B : fatigue / lenteur / erreurs / perte d’autonomie]
- [Élément C : conséquences sur la scolarité et la santé]
3) Éléments nouveaux / mieux documentés
Vous trouverez ci-joint :
- GEVA-Sco [date] / compte rendu ESS [date]
- Bilans [orthophonie / neuropsychologie] [dates]
- Attestation de [enseignant / directeur] [date] décrivant des situations concrètes
- [Tout autre document pertinent]
Je vous remercie de bien vouloir m’accuser réception de ce recours et de procéder au réexamen de la situation de mon enfant.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées.
[Signature]
Pour aider les familles à passer du flou à l’action, nous mettons à disposition des modèles de RAPO en format DOCX, prêts à adapter à votre situation. Ils ne remplacent pas un dossier solide, mais ils permettent de structurer plus facilement la contestation, de viser la bonne décision et de ne pas oublier les éléments essentiels.
Les modèles disponibles au téléchargement :
Exemple concret de RAPO pour un enfant DYS
Votre enfant dyslexique/dysorthographique a un PAP depuis 2 ans, mais la charge cognitive en lecture/écriture explose en cycle 3 : devoirs interminables, évaluations inaccessibles, fatigue massive, baisse d’estime de soi. Le RAPO “efficace” ne demande pas “plus d’aide parce que c’est dur”, il démontre :
- ce qui a été tenté (PAP + aménagements) et ce qui reste inaccessible,
- les situations typiques (dictées, copie, lecture consignes, évaluations),
- la conséquence : restriction de participation en classe, et besoin de compensation.
Si votre situation ressemble à ce cas, le bon réflexe est souvent de repartir de la logique PAP, PPS, MDPH pour montrer à quel moment les aménagements ordinaires ne suffisent plus et pourquoi une compensation devient nécessaire.
Pièges fréquents dans un RAPO MDPH
- Envoyer le RAPO au mauvais endroit : le RAPO part à la MDPH, pas directement au tribunal.
- Attendre trop longtemps après les 2 mois : même si une réponse tardive finit parfois par arriver, le silence vaut déjà rejet implicite. Il faut donc surveiller la date et préparer la suite.
- Raisonner en diagnostic au lieu de raisonner en retentissement : la MDPH n’accorde pas une aide parce qu’un mot figure sur un bilan. Elle évalue des limitations d’activité et des restrictions de participation.
- Parler seulement de souffrance sans formuler la mesure demandée : il faut transformer les difficultés en demandes concrètes. Exemple : pas seulement fatigue massive, mais besoin d’aide humaine, d’outil informatique, de PPS, de quotité AESH, ou de matériel identifié.
- Ne pas demander le PPC ou les motifs précis : sans cela, on répond à côté.
- Se laisser impressionner par une réponse orale : accueil téléphonique, école, enseignant référent, secrétariat. Tant que ce n’est pas écrit dans une notification ou dans un texte, cela ne sécurise rien.
- Penser qu’il existe une liste officielle de maladies reconnues par la MDPH : ce raccourci revient souvent dans les forums et embrouille les familles. Le vrai sujet, ce sont les conséquences fonctionnelles.
Après le RAPO MDPH : saisir la justice
Si la MDPH ou la CDAPH maintient sa décision, ou si elle garde le silence pendant 2 mois, vous pouvez passer à l’étape judiciaire. Le point important à faire comprendre au lecteur est celui-ci : vous n’avez pas besoin d’attendre une réponse tardive pour agir. Le rejet implicite suffit juridiquement.
Quel tribunal saisir après un RAPO MDPH ?
Pour un enfant ou un adolescent, le contentieux relève le plus souvent du pôle social du tribunal judiciaire spécialement désigné. C’est la situation la plus fréquente pour les familles d’enfants DYS quand le litige porte sur la scolarité, l’orientation, le PPS, l’AESH, l’AEEH, certaines aides techniques ou certaines mesures de compensation.
Pour certaines décisions concernant surtout des adultes dans le champ du travail adapté ou protégé, de la rééducation professionnelle ou de la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé, la compétence peut relever du tribunal administratif.
Comment saisir le tribunal judiciaire ?
La saisine se fait par requête, remise au greffe ou adressée en recommandé avec avis de réception. En pratique, vous pouvez utiliser le formulaire 15980*04. Il faut joindre :
- la décision contestée,
- la copie du RAPO,
- et, si la MDPH n’a jamais répondu, l’accusé de réception du RAPO.
Ajoutez un bordereau de pièces et un exposé clair, même bref, des raisons pour lesquelles vous contestez la décision.
Faut-il prendre un avocat ?
Non. Devant le pôle social du tribunal judiciaire, l’avocat n’est pas obligatoire. Certaines familles se défendent seules. D’autres préfèrent être accompagnées. La bonne question n’est donc pas avocat ou pas avocat par principe. La bonne question est plutôt : mon dossier est-il assez clair, assez structuré, assez solide sans aide extérieure ?
Combien coûte un recours après un RAPO ?
Il faut désormais écrire ce point avec précision : depuis le 1er mars 2026, la saisine du tribunal judiciaire par cette procédure suppose en principe un timbre fiscal de 50 euros, sauf si vous bénéficiez de l’aide juridictionnelle. Si vous choisissez un avocat, ses honoraires s’ajoutent. D’autres frais peuvent exister dans certains dossiers, par exemple en cas d’expertise ou si le juge met certains frais à la charge d’une partie.
Quand le litige porte aussi sur l’AEEH ou ses compléments, il peut être utile de relire en parallèle CAF et DYS : quelles aides pour votre enfant ? pour bien distinguer ce qui relève de la décision MDPH et ce qui relève ensuite du versement par la CAF.
Ce qu’il faut comprendre avant d’aller au tribunal
Le tribunal n’est ni une formalité automatique, ni une machine à tout accorder. Les retours de terrain le montrent bien : certaines familles gagnent, d’autres non. Le point décisif reste souvent le même qu’au stade du RAPO : un dossier cohérent, des pièces datées, des besoins précis, et des conséquences concrètes bien reliées à la demande.
Autrement dit, le juge ne corrige pas un dossier flou par magie. Il tranche un désaccord à partir de ce que vous apportez.
FAQ sur le RAPO MDPH
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